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Dans les hôtels miteux de Paris, les migrants mineurs à l’abri de rien

Punaises de lit, portes sans verrou, saleté omniprésente : dans l’attente de l’examen de leur demande de protection, à Paris, les mineurs isolés étrangers sont parfois logés dans des hôtels sociaux déplorables. Photos à l’appui, notre Observatrice dénonce les manquements des autorités censées assurer la « mise à l’abri » de ces migrants de moins de 18 ans.

En France, les migrants considérés comme mineurs répondent à des procédures spécifiques, et sont à la charge des départements. La ville de Paris – qui a aussi les compétences d’un département – a mis en place un dispositif qui doit évaluer s’ils ont moins de 18 ans, le Dispositif d’évaluation des Mineurs isolés étrangers (Demie), dont la gestion est confiée à la Croix-Rouge. Ceux qui sont acceptés ont ensuite un rendez-vous avec la Direction de l’Action Sociale de l’Enfance et de la Santé (Dases), qui décide ou non de leur prise en charge. Dans l’attente de ce rendez-vous, ils sont logés entre cinq jours à quatre semaines dans des hôtels sociaux, où leur prise en charge est déléguée par la ville à des associations.

Notre Observatrice Agathe Nadimi est enseignante à Paris. Elle milite pour les droits des mineurs isolés étrangers et enquête depuis plusieurs semaines sur leurs conditions de logements. Elle a pris, ou récupéré auprès des jeunes migrants qu’elle suit, les photos ci-dessous.

« On reconnaît un gamin qui est à l’hôtel rien qu’en regardant les piqûres sur ses bras »

Ces dernières semaines, j’ai visité quatre hôtels, et j’ai pris et récupéré des photos de plus d’une dizaine d’établissements. Dans certains hôtels, les installations électriques sont vieillissantes, des fils pendent : il y a un vrai risque pour la sécurité des jeunes. Souvent, les fenêtres ne ferment pas ou ferment mal. Pire, les serrures ne fonctionnent pas ou on ne leur donne pas de clés, si bien que dans certaines chambres, ils sont obligés de bloquer la porte avec ce qu’ils trouvent : barre de fer, chaise…

Barres de fer et chaise pour bloquer une porte sans clé.
Fils électriques entremêlés

Ces hôtels sont aussi souvent insalubres. Dans plusieurs d’entre eux, les matelas sont infestés de punaises de lit, donc les jeunes sont souvent couverts de piqures, extrêmement urticantes. Parfois, on reconnaît un gamin qui est à l’hôtel rien qu’en regardant les piqûres sur ses bras.

Piqures de punaises de lit.

Certains m’ont dit avoir également vu des puces, d’autres des souris. Sur le plan de l’hygiène, c’est souvent catastrophique : il n’y a parfois qu’une douche ou qu’une toilette pour des dizaines de jeunes, quand ça fonctionne… Enfin, dans plusieurs hôtels, les draps ne sont pas fournis aux mineurs, qui doivent dormir à même le matelas.

Souris dans un hôtel du 3e arrondissement.
Souvent, aucun drap n’est fourni.

Ce sont des jeunes qui ont besoin de se reposer, d’être au calme, ils ont fait un trajet extrêmement éprouvant depuis leur pays, sont seuls. On ne peut les laisser vivre comme ça.

Rencontré par France 24, un jeune qui loge à l’hôtel Saint Ambroise dans le 11e arrondissement, affirme : « Quand je suis arrivé, il y a avait de la saleté partout, des moutons de poussière, j’ai dû tout nettoyer. Je ne parviens pas à dormir la nuit : les punaises me réveillent quand elles piquent, je les vois me monter sur le corps ».

« Pas la moindre difficulté signalée », affirme France Terre d’Asile

Les hôtels mentionnés par notre Observatrice ont été sélectionnés par l’association France Terre d’Asile, également en charge des jeunes qui y résident. L’association suit 366 jeunes répartis dans 21 établissements de la capitale française. Contacté par France 24, le directeur général de France Terre d’Asile, Pierre Henry affirme qu’ »au 1ermars, pas la moindre difficulté ne [lui] a été signalée par [ses] équipes » dans les établissements où elles interviennent.

Selon lui, un « suivi très précis » est fait de chaque hôtel et « il y a tous les soirs un éducateur qui informe et renseigne les mineurs, et voit l’état de l’hôtel ». Plusieurs jeunes ont pourtant rapporté à France 24 s’être plaints des conditions de leur hébergement auprès des éducateurs de France Terre d’Asile. « Ils nous ont donné un répulsif censé faire fuir les punaises mais ça n’a pas marché », dit l’un d’eux. « Ils se fichent de ce qu’on leur dit », affirme un autre. Rencontrés sur place par France 24 et sollicités pour savoir s’ils étaient effectivement au courant des problèmes mentionnés par les jeunes, des éducateurs ont refusé de répondre à nos questions.

Pierre Henry concède toutefois que de nombreux jeunes migrants sont arrivés depuis novembre à Paris, augmentant le nombre de placements en hôtel, et obligeant parfois à sélectionner des hôtels dans l’urgence. Mais, selon notre Observatrice, les problèmes d’insalubrité et d’insécurité existaient déjà l’été 2016.

France Terre d’Asile précise, par ailleurs, qu’elle doit composer avec les contraintes budgétaires imposées par la mairie de Paris, puisqu’une nuit ne doit pas coûter plus de 18 euros.

Un audit au printemps

En 2015, la Ville de Paris avait publié une plaquette sur l’accueil des jeunes migrants, où était notamment évoquée « l’inadaptation de l’hébergement hôtelier sans accompagnement pour ce public isolé « . Contactée par France 24, elle répond : « Si nous découvrons que des normes ne sont pas respectées dans des hôtels, nous mettons immédiatement fin à la collaboration ». La Ville précise, en outre, mettre en place « de nombreuses mesures pour limiter le recours à l’hôtel comme l’illustre l’ouverture [prévue en mars] d’un établissement collectif géré par une association spécialisée ». Et affirme qu’une évaluation sur les conditions d’accueil des hôtels pour mineurs sera réalisée « au printemps ».

Lors de notre reportage Ligne Directe du mois du février, nous avions mis en lumière le difficile accueil des mineurs isolés étrangers, dont beaucoup sont refusés par Demie – Croix-Rouge et se retrouvent à la rue.

 18/03/2017

Auteur: Diasporaenligne.net

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