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Et pourquoi ?

 »Et pourquoi ils ne prennent pas l’avion ? Ça leur coûterait peut-être moins cher que de payer des passeurs, non ? » La question vient de fuser du fond de la salle de classe. En France, à plusieurs milliers de kilomètres de la zone de sauvetage, des équipes de bénévoles de SOS MEDITERRANEE vont chaque semaine à la rencontre des élèves des collèges et des lycées, pour parler de l’urgence humanitaire en Méditerranée.

 »Pourquoi ils ne prennent pas l’avion ?  » Mais oui, nous aurions dû commencer par-là : les personnes qui risquent leur vie en Méditerranée n’ont pas le choix du chemin, ni du moyen de transport. Quand on n’a pas de visa, on n’a souvent pas d’autre solution que de payer un passeur.

Cette question a été posée lors d’une de nos premières interventions scolaires. Depuis, notre message s’est enrichi de cette explication essentielle.

En général, nous sommes deux, face à une classe. Derrière nous, une grande carte de la Méditerranée indique les voies de passage maritimes pour parvenir à l’Europe. Elle permet de raconter la tragédie des naufrages. Puis, s’affiche la photo d’un pneumatique surchargé et en perdition. On explique le risque de noyade. Pas d’image insoutenable. Juste des explications. Pourtant déjà un élève prépare sa question :  »A bord des pneumatiques, les gens sont plutôt solidaires, ou plutôt chacun pour soi ?’

Certains jours, nous sommes accompagnés par un marin sauveteur, ou par un exilé qui a fait la traversée de la Méditerranée, et qui souhaite témoigner. Il se retrouve face à une curiosité insatiable :  »Comment avez-vous rencontré les passeurs ? Combien vous a coûté le voyage ? Avez-vous gardé des contacts avec vos compagnons de traversée ?  »

 »Combien avez-vous fait de kilomètres ?  » Une carte de l’Afrique vient de s’afficher : Nigeria, Érythrée, Guinée, Côte d’Ivoire, Gambie, Sénégal, Mali… Qui, dans la classe, savait situer ces pays auparavant ? Sur la vie de chacun d’eux, on apprend une chose ou deux. Des choses qui expliquent qu’on soit poussé à fuir.

Viendra ensuite une photo de l’Aquarius, et nous parlerons de la mobilisation citoyenne, de ce que chacun peut faire, lorsque les Etats se dérobent à leurs obligations. On parlera d’assistance à personne à danger et de responsabilité individuelle et collective.

Enfin, une photo d’un pneumatique qui se plie. A son bord des personnes en risque de noyade et nous décrivons le mode opératoire des sauveteurs sur les deux zodiacs.

Alors, viennent les vingt minutes réservées aux questions :

 »Avec tout l’argent que vous récoltez, pourquoi vous n’agissez pas sur les causes des migrations ? Que deviennent les gens que vous avez sauvés ? L’Europe est-elle en infraction au droit international ? Pourquoi ils ne partent pas de Tunisie ? Combien de temps dure un sauvetage ? Qui conduit le bateau ? Qu’arrive-t-il aux enfants qui ont perdu leurs parents ? Pourquoi l’Europe ne fait pas plus de sauvetage ? Est-ce qu’il y a des embarcations qui ne peuvent pas être secourues ? »

Ces vingt minutes ne sont souvent pas suffisantes.

La plus naïve des questions a son poids :  »Quelle est la profondeur de la mer à l’endroit des naufrages ?  »…  »c’est pour savoir si on peut repêcher les corps … pour des funérailles ».

En deux ans, les équipes de bénévoles de SOS MEDITERRANEE ont sensibilisé plus de 5 600 élèves des établissements publics et privés, à l’urgence humanitaire. Elles ont été invitées par des enseignants, ou par des groupes d’élèves, avec l’accord de leur responsable d’établissement.

Elles ont répondu à (presque) toutes les questions, et ont contribué à faire reculer l’indifférence. Elles ont aussi transmis des valeurs.

Quand on parle du devoir d’assistance à une personne en danger, on parle d’une  »personne », tout simplement ; sans qu’on ait à se demander si cette personne est exilée, migrante, réfugiée, et autres cases à cocher dans les formulaires des garde-frontières.

Quand les Etats n’assument plus leurs responsabilités humanitaires élémentaires, de simples citoyens peuvent montrer la voie. Nouvelle question :  »comment on peut vous aider  »,  »et si on collectait de l’argent ? ». Nous ne sommes pas venus pour ça, et nous ne lançons pas d’appel aux dons dans les établissements. Mais les initiatives nous débordent quelquefois : vente de gâteaux ou vide-greniers finissent par un chèque au profit de SOS MEDITERRANEE. Il est même arrivé que ce soit le chef d’établissement qui nous remette solennellement ce don, lors de la cérémonie de distribution des prix ; dans son discours, il avait simplement précisé que l’excellence c’était d’abord ce type de geste.

Enseignants, groupes d’élèves, responsables d’établissements, merci de nous avoir invité à présenter la mission que s’est donnée SOS MEDITERRANEE. C’est peut-être ainsi que se construit l’opinion publique de demain.

Pour l’instant, nous avons des antennes dans quelques régions seulement : Ile de France, Bretagne, Pays de la Loire, Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie, Nouvelle Aquitaine, Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Dans ces régions, si vous souhaitez nous inviter dans un établissement scolaire ou universitaire, vous pouvez nous écrire à contact@sosmediterranee.org

Texte : Jean-Yves ABECASSIS

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