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La migration des jeunes et le développement régional dans la croissance économique du Sénégal

Juriste spécialiste en Migrations Internationales. Membre du Groupe d’Etudes et de Recherches pour le Développement Régional et Dynamiques Rurales.

S’inscrivant dans les travaux du Groupe d’Etudes et de Recherches pour le Développement Régional et Rural Du Réseau de la diaspora en ligne, ainsi que sur la migration des jeunes, notre recherche porte sur le phénomène de la migration interne et externe des jeunes Sénégalais dans une perspective régionale et comparative.

À partir des données recueillies à l’aide d’un sondage réalisé par le réseau de la diaspora en ligne auprès de 1112 jeunes âgés de 20 à 34 ans originaires de Matam, de Louga et de Kaolack, elle analyse d’abord les raisons et les motivations de départ, et ce qui rend attrayant le lieu d’arrivée de la première migration des jeunes. Je m’attarde par la suite à mettre en lumière la perception qu’ont les jeunes de leur milieu d’origine, puis à analyser les retours ainsi que les possibilités de retour des jeunes vers leur région d’origine. Je montre que les jeunes quittent leur région pour des raisons multiples qui touchent plus globalement le besoin de s’affranchir et de se prendre en charge, que les jeunes se tiennent à distance d’un discours trop négatif sur leur région et que plusieurs jeunes seraient intéressés à revenir dans leur milieu d’origine si les circonstances s’y prêtaient.

Nous examinerons la question de la migration des jeunes Sénégalais dans une perspective de développement régional ou local en comparant la situation dans trois régions du pays :Matam, Louga et Kaolack. Ces régions font partie de ce que nous appelons les points de départ au Sénégal, Depuis de nombreuses années, l’objectif avoué de l’action publique de soutien aux régions du Sénégal se fonde sur une volonté de développer l’arrière-pays notamment à partir de ses ressources naturelles, tout en favorisant sur l’ensemble du territoire Sénégalais des revenus et des services semblables aux populations rurales et urbaines.

Dans ces régions, les grandes entreprises ont exercé un rôle prépondérant sur les économies locales jusqu’au début des années 1980. Dans les années 1960 et 1970, les politiques de développement régional ont reposé sur la culture de l’arachide, et non sur des investissements importants en éducation, dans la santé et dans le domaine économique afin de réduire les disparités et inégalités régionales. Depuis les années 1980, les pouvoirs publics ont cherché à remettre entre les mains des acteurs régionaux plus de responsabilités en matière de développement. Cependant, les économies de ces régions restent fragiles. Cette fragilité favorise l’exode des populations, particulièrement chez les plus jeunes.

Dans un tel contexte, la migration des jeunes de ces régions revêt une importance toute particulière : le départ des jeunes de leur milieu d’origine vers les grands centres urbains ou en immigration est préoccupant. Si les régions se vident de leurs jeunes, ne faudrait-il pas agir pour arrêter cet exode, ne faudrait-il pas chercher à les retenir ? Cependant, du point de vue des jeunes eux-mêmes, la situation est différente. On ne s’exile pas de sa région ; on la quitte, certes, mais souvent pour mieux y revenir. Les enquêtes et les recherches pour le Développement Régional et Rural de diasporaenligne,  et sur la migration des jeunes ont en effet montré que si 47 % des jeunes Sénégalais quittent à un moment ou à un autre leur région d’origine pour une période de plus six mois, près de 50 % de ceux-ci y reviennent Elles ont également montré que la migration des jeunes est liée à leur entrée dans la vie adulte. Les migrations, souvent multiples, contribuent notamment à la construction identitaire lors de leur passage à la vie adulte.

L’objectif de cet article est de décrire et d’analyser le mouvement migratoire des jeunes, à partir de leur propre témoignage, puis de tenter de mesurer la portée de ce mouvement migratoire sur l’avenir des régions. Après avoir retracé à grands traits l’histoire des dynamiques migratoires de ces régions, nous examinerons, d’une part, les raisons du départ des jeunes et, d’autre part, les motifs de retour dans leur région d’origine. Cela nous amènera à discuter également de la perception des jeunes de leur région d’origine.

Chacune des trois régions possède des caractéristiques particulières :

Matam : A amorcer un développement local depuis longtemps grâce à ses immigrés vivant en Afrique, et à l’extérieur du continent, qui lui a permis d’être considéré comme une région à vocation agricole malgré le manque d’assistance des autorités étatiques que locales. C’est à travers les différentes associations de cette population originaire de la région, qu’ils ont pu réaliser et à mettre plusieurs importants projets de développement dans leur localité d’origine.

Louga : Cette région totalise à elle seule  les ¾ des expatriés Sénégalais vivant à l’extérieur. Mais, malgré ce nombre élevé, et des transferts de fonds aussi important dans la région, ces émigrés n’ont jamais réussi à mettre en place aucun projet permettant d’amorcer un quelconque développement local ou implanter des petites unités  au  service du développement de leur propre terroir. Tout ce que nous avons pu constater sur place à travers l’enquête que nous avons mené sur le terrain, est plutôt le développement des ménages qui est au top, ainsi que des belles villas construisent par ces mêmes émigrés, sinon des petits investissements dans le secteur informel (Bana-Bana).

Kaolack : Malgré toutes les opportunités, et potentialités qu’offre la région de Kaolack 2ème ville du Sénégal, ce bastillon qui jadis avait pour nom « Bassin arachidier », offre de nos jours une désolation incontestable malgré le nombre important de ses fils vivant à l’extérieur, et l’inactivité des migrants de retour qui sont complètement hors circuit des activités, et totalement désorientés de tout ce qui se passe. Car abandonnés par les autorités étatiques et locales par l’absence d’infrastructures et un système d’orientation. Nous avons aussi constatés que les expatriés originaire de la région qui compte un très grand nombre dans la diaspora ont d’énormes possibilités d’investir si réellement l’état du Sénégal disposait d’une bonne politique migratoire de développement pour les migrants de retour, malheureusement, ils se heurtent à des problèmes inhérents au localisme des microprojets :

Problèmes de distribution en raison du mauvais état des routes, coûts de transaction élevés, saturation du marché en l’absence d’études sur l’ampleur de la demande solvable, etc. Pour faire face à ses obstacles, des associations de migrants d’une même région ou ethnie peuvent se regrouper afin d’intervenir à une plus grande échelle.

 Conclusion :

Les enquêtes réalisées par Me. Serigne Babacar Guèye, par rapport aux études de cas réalisées dans différentes régions du monde sur l’impact du développement local des migrations non définitives (qui nous concerne dans ce travail) concluent que si l’émigration par les transferts migratoires (envois de fonds et transfert de compétence etc.) les conditions de vie des familles des migrants, elle favorise rarement la mise en place d’une dynamique de développement des communautés et régions émettrices.

 

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