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Les envois de fonds des migrants vers les pays en développement sont en recul pour la deuxième année consécutive

WASHINGTON, 21 avril 2017 — Selon la dernière édition de la note d’information de la Banque mondiale sur les migrations et le développement, publiée aujourd’hui pendant les Réunions de printemps, les envois de fonds des travailleurs migrants vers les pays en développement ont reculé en 2016 pour la deuxième année consécutive, confirmant une tendance inédite depuis trois décennies.

La Banque mondiale estime à 429 milliards de dollars les envois de fonds officiellement enregistrés vers les pays en développement en 2016, soit un recul de 2,4 % par rapport à 2015, où ils ressortaient à plus de 440 milliards. Si l’on comptabilise également les envois à destination des pays à revenu élevé, le montant total des transferts dans le monde s’est replié de 1,2 % en 2016, à 575 milliards de dollars, contre 582 milliards en 2015.

La faiblesse des cours du pétrole et l’atonie de la croissance des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et de la Fédération de Russie expliquent ce tassement des flux vers l’Asie du Sud et l’Asie centrale, tandis que les mauvaises performances de l’Europe rejaillissent sur les envois de fonds à destination de l’Afrique du Nord et de l’Afrique subsaharienne.

Exprimé en dollars, ce repli des envois de fonds des migrants est encore plus prononcé, à cause de l’effritement de l’euro, de la livre sterling et du rouble russe vis-à-vis de la monnaie américaine.

Résultat, les entrées de fonds ont nettement marqué le pas dans bon nombre de pays habitués à des transferts importants. L’Inde, qui conserve son statut de premier pays destinataire au monde, a donné le ton avec une chute de 8,9 % en 2016, à 62,7 milliards de dollars, contre 68,9 milliards l’année précédente.

Le même scénario concerne les autres grands pays destinataires, comme le Bangladesh (-11,1 %), le Nigéria (-10 %) et l’Égypte (-9,5 %). Deux pays font exception, le Mexique et les Philippines, qui auraient bénéficié d’une hausse des apports estimée à respectivement 8,8 % et 4,9 %.

« Les envois de fonds des travailleurs migrants sont une importante source de revenu pour des millions de familles dans les pays en développement. Aussi la baisse de ces transferts d’argent peut-elle avoir des conséquences graves sur la capacité de ces ménages à se soigner, scolariser leurs enfants et s’alimenter correctement », indique Rita Ramalho, directrice par intérim du Groupe des indicateurs mondiaux de la Banque mondiale.

Avec le redressement attendu des perspectives économiques mondiales, les envois de fonds vers les pays en développement devraient repartir à la hausse en 2017, à 444 milliards de dollars, soit une progression de 3,3 %.

À l’échelle mondiale, le coût moyen du transfert de 200 dollars est resté stable au premier trimestre de 2017, à 7,45 %, même s’il s’agit d’un niveau sensiblement supérieur à la cible de 3 % fixée dans les Objectifs de développement durable. L’Afrique subsaharienne reste à cet égard la région la plus chère, avec un coût moyen de 9,8 %. La baisse des coûts de transaction achoppe notamment sur la décision des banques internationales de fermer les comptes bancaires détenus par des opérateurs de transferts de fonds afin de supporter l’important fardeau réglementaire lié à la lutte contre le blanchiment d’argent et la criminalité financière. Cette situation explique la complexité des services d’envois de fonds vers certaines régions et leur coût.

La note souligne que plusieurs pays à revenu élevé qui accueillent de nombreux migrants envisagent d’imposer les envois de fonds, en partie pour augmenter leurs recettes et en partie pour dissuader les migrants sans papiers, et met en garde contre ce type d’impôt, difficile à gérer et éventuellement source de trafics souterrains.

La note revient sur la crise migratoire internationale en rappelant qu’entre 2015 et 2016, le nombre de réfugiés dans les 28 pays de l’Union européenne a augmenté de 273 000, pour se situer à 1,6 million de personnes. Sur la même période, le nombre de réfugiés dans le monde a augmenté de 1,4 million, pour atteindre 16,5 millions.

Soulignant dans un dossier spécial l’absence de définition formelle du Pacte mondial pour les migrations, la note propose d’adopter pour l’instant la définition suivante : « cadre négocié à l’échelle internationale permettant aux gouvernements et aux organisations internationales de tirer parti des migrations tout en relevant les défis qu’elles engendrent. » Les auteurs appellent à signer des accords migratoires régionaux et bilatéraux et à élaborer un cadre ou des lignes directrices normatifs destinés aux gouvernements et aux organisations internationales.

« Étant donné les importants écarts de revenus, le chômage généralisé des jeunes, le vieillissement de la population dans de nombreux pays développés mais aussi le changement climatique, les situations de fragilité et les conflits, les flux migratoires sont très certainement appelés à augmenter à terme, souligne Dilip Ratha, auteur principal de la note et directeur du Partenariat international sur la migration et le développement (KNOMAD)Actuellement, l’architecture migratoire mondiale est fragmentée et mal définie. La communauté internationale doit faire le point sur le cadre institutionnel actuel, clarifier les missions des organisations clés et élaborer des lignes directrices normatives en s’appuyant sur les conventions migratoires en vigueur. »

Tendances régionales

La région Amérique latine et Caraïbes est la seule à avoir enregistré une hausse des envois de fonds des migrants en 2016, estimés à 73 milliards de dollars, soit une progression de 6,9 % par rapport à 2015 essentiellement due à la bonne tenue du marché du travail aux États-Unis et à des taux de change favorables. Trois pays auraient bénéficié d’une augmentation sensible des transferts : le Mexique, El Salvador et le Guatemala. En 2017, les envois de fonds vers la région devraient gagner 3,3 %, à 75 milliards de dollars.

Dans la région Asie du Sud, les transferts d’argent des migrants ont ralenti de 6,4 % en 2016, à 110 milliards de dollars, plombés par la baisse des cours du pétrole et le tournant de rigueur budgétaire pris par les pays du CCG. Outre l’Inde et le Bangladesh, le Népal a connu un repli de 6,7 % des transferts de fonds, contrairement au Pakistan où ils ont progressé d’un modeste 2,8 %. En 2017, les envois de fonds vers la région devraient connaître une hausse contenue de 2 %, à 11 milliards de dollars.

Le ralentissement économique dans les pays du CCG a également rejailli sur les envois de fonds vers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, qui ont vu les montants reculer en 2016 de 4,4 % (estimations), à 49 milliards de dollars, l’Égypte, première destination de ces flux dans la région, étant particulièrement touchée. Cette année, les transferts d’argent des migrants vers la région devraient rebondir de 6,1 %, à 52 milliards de dollars.

Les envois de fonds vers l’Afrique subsaharienne auraient fléchi de 6,1 % en 2016, à 33 milliards de dollars, sous l’effet conjugué du ralentissement de la croissance dans les pays d’origine, du repli des cours des produits de base et, en particulier, du pétrole, et des envois de fonds informels consécutifs à la mise en place d’un contrôle des changes dans des pays comme le Nigéria. En 2017, les transferts d’argent vers la région devraient augmenter de 3,3 %, à 34 milliards de dollars.

Pour la troisième année consécutive, les envois de fonds en Europe et en Asie centrale sont au plus bas, avec une contraction de 4,6 % en 2016, à 38 milliards de dollars. C’est la conséquence de l’effet durable de la faiblesse des cours de pétrole et des sanctions sur la Russie, à la fois pays d’origine et pays bénéficiaire de ces transferts. Outre l’Azerbaïdjan, le Turkménistan et le Tadjikistan, durement frappés, l’Ouzbékistan a vu ces flux fondre de pratiquement un tiers depuis 2013. En 2017, les envois de fonds vers la région devraient se redresser de 6,6 %, à 41 milliards de dollars, stimulés par le redémarrage de la Russie et de plusieurs pays européens.

Les envois de fonds à destination de la région Asie de l’Est et Pacifique auraient cédé 1,2 % en 2016, à 126 milliards de dollars. Le bilan est mitigé, puisque les transferts d’argent ont progressé de pratiquement 5 % aux Philippines mais perdu 4,4 % en Indonésie, deux grands pays bénéficiaires. En 2017, les envois de fonds vers la région devraient gagner 2,5 %, à 129 milliards de dollars.

Auteur: Diasporaenligne.net

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