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Les migrations de retour en Afrique

Depuis le début des années 2000, la littérature relative à la migration de retour en général s’est considérablement développée, mais les études sur les retours de migrants d’Afrique en particulier restent relativement peu nombreuses. La question du retour des migrants africains suscite pourtant un intérêt croissant auprès des décideurs politiques, aussi bien dans les pays de destination que dans les pays d’origine en Afrique. Si les premiers multiplient les dispositifs pour encourager ou forcer ces migrants à retourner, les seconds visent plutôt le retour des personnes qui ont acquis des ressources humaines et financières à l’étranger, perçus comme de potentiels agents de développement.

2La question du retour des migrants ne renvoie pas seulement à la réalisation du retour en tant que telle, mais aussi aux intentions de retour et à la réinsertion après le retour. Elle peut donc se poser à plusieurs moments dans les trajectoires de vie des migrants, depuis le début de leur migration (et même avant) jusqu’à un éventuel nouveau départ pour l’étranger après le retour. Ces différents sujets liés au retour des migrants africains sont en réalité mal connus, notamment en raison de l’absence de données administratives dans les pays d’origine et de destination. Cependant, des données d’enquêtes quantitatives et qualitatives contribuent à une meilleure connaissance du sujet.

3Des études montrent, par exemple, que l’intention de retourner vivre dans le pays d’origine en Afrique est souvent présente parmi les migrants, mais que la décision de retourner nécessite le fait d’être bien préparé afin de minimiser les risques, comme plusieurs recherches le soutiennent au sujet des Sénégalais [Sinatti, 2011 ; Flahaux, 2013 ; Hernández-Carretero, 2017]. Il a également été mis en avant qu’il n’y a pas que les migrants retraités qui retournent, mais aussi des migrants qui veulent investir dans leur pays d’origine. Cela a été démontré dans le cas du Cap Vert, du Mali, du Ghana et de la Côte d’Ivoire, ainsi que dans d’autres pays en Afrique, comme le montre un ouvrage collectif récent L. Åkesson et M. Eriksson Baaz [2015]. Ces études mettent en avant le rôle des ressources que les migrants ont pu acquérir à l’étranger en termes de capital financier, humain et social pour leur réinsertion et soulignent qu’ils sont malgré tout confrontés à de nombreux défis à leur retour au pays. Des recherches ont également abordé les difficultés auxquelles sont confrontés les migrants africains qui n’ont pas choisi de retourner mais qui y ont été contraints. La réinsertion après le retour ne s’avère pas évidente pour les migrants qui étaient en situation irrégulière en Europe, qu’ils aient bénéficié d’un programme d’aide au retour « volontaire », comme dans le cas des retours au Mali [Daum, 2002 ; Ndione et Lombard, 2004], ou qu’ils aient été expulsés, comme cela a été étudié dans le cas du Ghana [Kleist, 2017] et du Cameroun [Chappart, 2008]. Les retours contraints en raison de crises dans les pays de destination en Afrique peuvent aussi donner lieu à des expériences difficiles, comme l’ont révélé plusieurs chercheurs à propos des retours des migrants burkinabè de Côte d’Ivoire [Bredeloup, 2006 ; Bredeloup et Zongo, 2016 ; Boyer 2016] et des migrants nigériens de Libye [Mounkaila 2015].

4Cette publication s’inscrit dans la continuation de ces travaux. Elle rassemble des contributions empiriques abordant des aspects sous-étudiés et originaux de la question du retour des migrants africains dans divers pays d’origine, du Sénégal, du Niger, en passant par la Somalie, la République démocratique du Congo, la Tunisie et l’Egypte.

5Ainsi, dans un premier article se focalisant sur les intentions de retour de femmes sénégalaises migrantes qui circulent entre le Sénégal et l’Italie ou l’Espagne, Nathalie Mondain analyse les projets et les désirs de ces dernières concernant leur avenir, alors que la majorité des études sur les migrations sénégalaises s’intéresse aux hommes. Elle souligne l’importance de la situation familiale de ces femmes dans la définition de leurs intentions de retour à long terme ou non dans leur pays d’origine. Grâce à des entretiens qualitatifs approfondis, elle révèle toute l’ambivalence qui caractérise le discours de ces femmes, qui, de par leur expérience migratoire notamment, ont des aspirations individuelles d’accomplissement et d’autonomie économique, mais qui doivent aussi se conformer aux normes et valeurs de la société wolof.

6Dans un deuxième article, Florence Boyer s’intéresse aux migrations nigériennes en Arabie Saoudite, cas original et également peu étudié à ce jour. Elle analyse plus précisément la façon dont se déclinent le risque et l’incertitude au long des trajectoires des migrants qui étaient en situation illégale et qui ont été expulsés au Niger. Par son analyse d’entretiens qualitatifs approfondis, elle décrit le quotidien et le parcours de ces migrants, et montre que l’incertitude est présente non seulement durant le séjour en Arabie Saoudite, au moment de l’expulsion, mais aussi après le retour.

7Si le retour des réfugiés est fortement encouragé au sein-même du continent africain et si les organismes internationaux insistent sur le fait que la décision pour les réfugiés de retourner dans leur pays d’origine doit être basée sur une information objective, exacte et neutre, peu de travaux ont été consacrés à l’étude de la réinsertion des réfugiés de retour dans leur pays d’origine. C’est l’objet du troisième article de cette contribution, dans lequel Nassim Majidi interroge, via une méthodologie qualitative, le rôle de la préparation et de la mobilisation de ressources pour le devenir des réfugiés somaliens de retour du Kenya. Elle montre à quel point l’accès à l’information sur les réalités de la situation en Somalie et aux réseaux socio-économique est limité pour les réfugiés et rend le retour extrêmement difficile.

8Dans un quatrième article, Marie-Laurence Flahaux étudie l’effet de deux types d’appuis institutionnels après le retour sur la réinsertion des migrants sénégalais et congolais qui ont vécu en Europe : les programmes d’aide au retour « volontaire » d’une part, et les appuis aux investissements d’autre part. Elle analyse des entretiens qualitatifs en procédant d’abord à une évaluation quantitative des différentes dimensions de la réinsertion des migrants de retour avant de se consacrer à une analyse thématique plus approfondie. Les analyses révèlent que, lorsque les migrants ne retournent pas volontairement, qu’ils n’ont pas préparé leur retour et que le contexte de leur pays d’origine est instable, les chances de réussite de leur réinsertion sont faibles, même si un appui institutionnel après le retour leur est fourni.

9La cinquième contribution porte sur le thème assez méconnu de l’inadéquation éducative pour les migrants de retour en Egypte et en Tunisie, à partir des données quantitatives des enquêtes du projet « Migration and Skill ». Dans cet article, Anda David et Christophe Nordman analysent les qualifications que les migrants acquièrent avant et pendant la période de migration et la façon dont ces compétences sont utilisées à leur retour. Leurs résultats révèlent qu’il y a une importante inadéquation éducative pour les migrants de retour, particulièrement en Tunisie. Ils mettent également en évidence que le fait d’être migrant de retour a un effet positif sur le fait d’être sur-éduqué sur le marché du travail dans les deux pays, Ces résultats suggèrent donc des difficultés pour les migrants ayant un certain niveau d’éducation.

10Les différents articles de ce numéro d’Espace, Populations, Sociétés consacré aux migrations de retour en Afrique montre, dans des contextes variés, que la question du retour, abordée par le biais des intentions de retour, de la réalisation du retour et de la réinsertion après le retour, reflète les aspirations qu’ont les migrants ainsi que les contraintes auxquelles ils font face au cours de leur trajectoire, que ce soit au niveau familial, financier, professionnel ou social.

Auteur: Diasporaenligne.net

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