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Les Nigérians ont peu de chance d’obtenir l’asile en Allemagne

La plupart des migrants qui viennent du Nigeria pour se rendre en Italie risquent leur vie en traversant la Méditerranée. Les responsables politiques européens cherchent à faire cesser ce phénomène, mais le fait d’injecter de l’argent en Afrique est-il réellement une solution ?

Ces huit dernières années, le groupe islamiste Boko Haram a dévasté le nord-est du Nigeria. L’ONU estime que plus de 20 000 personnes ont été tuées, et qu’environ 1,7 million ont été déplacées depuis 2009.

Il y a quelques temps, un rapport de l’Unicef soulignait que Boko Haram utilisait de plus en plus d’enfants, pour la plupart des filles de moins de 15 ans, comme « bombes humaines ». En 2017, leur nombre a été multiplié par quatre, avec 83 enfants utilisés comme « bombes humaines ».

La violence s’est étendue aux pays voisins qui entourent le bassin du lac Tchad, notamment le Tchad, le Niger et le nord du Cameroun. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a décrit cette situation comme ayant causé « des déplacements massifs et, dans le même temps, des restrictions de mouvement, et comme ayant entravé les activités agricoles en coupant l’approvisionnement en nourriture et en empêchant l’accès aux services de base. » En juillet 2017, on estimait à 8,2 millions le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance humanitaire.

De vieilles blessures ravivées

En plus de la poursuite de cette situation désastreuse dans le nord, le Nigeria doit désormais faire face à des problèmes dans le sud-est du pays. Il y a eu une recrudescence des affrontements entre l’armée nigériane et le mouvement séparatiste pour les peuples indigènes du Biafra (IPOB). Vendredi dernier, l’armée nigériane a inscrit l’IPOB sur sa liste d’organisations terroristes, et ce alors que des plaintes s’élevaient contre des soldats nigérians qui seraient impliqués dans des exécutions extrajudiciaires de centaines de partisans pro-Biafra.

L’ancien president nigérian, Olusegun Obasanjo, a appelé l’actuel président Muhammadu Buhari à entamer un dialogue avec le leader du mouvement séparatiste, Nnamdi Kanu.

“La répression militaire n’est pas la solution. Et quelle que soit la frustration de n’importe quel jeune dans n’importe quelle partie du Nigeria, je pense que la sécession n’est pas la solution non plus“, a confié Obasanjo au journal nigérian Premium Times.

“Nous devons répondre aux besoins des jeunes en créant des emplois et des richesses, en leur donnant une vie mieux remplie, et de l’espoir dans le futur. Il n’existe pas de recette miracle pour s’en sortir. “

Des migrants économiques

En dépit de ces conditions catastrophiques, le gouvernement allemand ne considère pas le Nigeria comme un pays ravagé par la guerre. Par conséquent, beaucoup de Nigérians qui ont fait une demande d’asile en Allemagne ne remplissent pas les critères nécessaires pour bénéficier d’une protection aux yeux de la loi internationale, les critères stricts concernant les personnes qui fuient la guerre ou les persécutions, et non celles qui fuient la pauvreté.

Ralf Sanftenberg, responsable mondial des programmes migration et développement au Centre pour la Migration Internationale et le Développement, a déclaré lors d’une visite au Nigeria en février que plus de 12 000 Nigérians ayant déposé une demande d’asile en Allemagne seraient reconduits dans leur pays en 2018. Il a tenu à souligner que 99% des demandes d’asile déposées par des Nigérians en Allemagne seraient refusées.

Le gouvernement allemand, en coopération avec l’Organisation internationale pour les migrations, a mis en place un système d’assistance financière aux demandeurs d’asile qui retournent volontairement dans leur pays d’origine ou qui émigrent vers un pays tiers. Il a également mis sur pied des institutions au Nigeria qui fournissent des formations professionnelles aux migrants de retour.

Aider à construire un avenir meilleur

La création d’emplois et de richesses pour les Etats d’Afrique pauvres sont des thèmes populaires au sein des responsables politiques européens. Au mois d’août, plusieurs dirigeants africains et européens se sont rencontrés à Paris pour discuter des moyens de réduire la migration d’Afrique vers l’Europe en échange d’une aide financière. Le président tchadien Idriss Déby Itno a déclaré que « la pauvreté et le manque d’éducation » étaient les raisons principales qui poussaient les gens à partir en Europe. « Il faut que tous les pays de l’Union Européenne, et tous ceux de l’Union Africaine en tiennent compte”, a souligné le chef de l’Etat.

Lors de la réunion, le président français Emmanuel Macron a dit vouloir que l’UE consacre 60 millions d’euros supplémentaires à l’aide au retour des migrants et à la prévention de la migration continue. Plus tôt dans l’année, l’Allemagne avait déjà fait part de son plan Marshall pour l’Europe, une initiative basée sur le renforcement des investissements privés sur le continent. Avec ce projet, peut-on lire dans la déclaration finale, « nous voulons nous éloigner du concept de pays donateurs et bénéficiaires, et, à la place, mettre l’accent sur une coopération économique conjointe. »

Mais injecter de l’argent en Afrique pour juguler les flux migratoires pourrait ne pas être la solution. Il existe des preuves concrètes qu’une telle aide peut produire l’effet opposé. Pour Michael Clemens du Centre de développement global, si l’aide au développement est une politique louable, des recherches ont montré que l’aide financière conduit à davantage de migration. « Généralement, la pression migratoire diminue uniquement quand les pays dépassent le statut de pays à revenu moyen. Dans les pays pauvres, plus de développement signifie plus de migration, et non pas moins. Les politiques qui favorisent le développement seraient donc plus efficaces si elles étaient accompagnées de politiques qui favorisent la mobilité ».

Selon Michael Clemens, le meilleur moyen de progresser est d’innover. Il explique que ce dont on a besoin, ce sont « de nouvelles institutions qui déterminent la migration internationale de manière à ce qu’elle soit plus avantageuse pour les pays dans lesquels les migrants arrivent, pour ceux qu’ils quittent, et pour les migrants et leurs familles ».

Il donne l’exemple d’un meilleur système de visas qui répondrait aux évolutions observées plutôt que de nourrir le marché noir. Il prône également la mise en œuvre d’accords bilatéraux qui feraient le lien entre le développement de certaines compétences et les besoins des pays de destination. Ce pourrait être une avancée économique plus intelligente, alors que les prévisions indiquent que les taux de migration ne diminueront pas de notre vivant.

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