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L’immigration, obsession du débat politique britannique

Limmigration UKPas de doute possible sur son vote. Sur la façade de sa maison, Stefan Quick a accroché des pancartes Ukip et un drapeau de la croix de saint Georges barré de la mention «England».«Je ne suis pas raciste, précise d’emblée ce père de famille sans emploi. Mais les immigrés arrivent et se servent dans le pot auquel nous avons contribué pendant des années. On est un petit pays, une nation souveraine, nos ressources doivent profiter en priorité aux Britanniques.»

Cet ancien électeur travailliste votera donc ce jeudi pour Mark Reckless, ex-député conservateur qui a démissionné pour se représenter au Parlement sous les couleurs du parti europhobe et anti-immigration Ukip (United Kingdom Independence Party) à Rochester (Kent), à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Londres. Le transfuge est grand favori, avec 12 à 15 points d’avance dans les sondages. S’il l’emporte, il sera le second élu Ukip à Westminster, après l’élection triomphale d’un autre ancien du Parti conservateur, Douglas Carswell, début octobre.

L’immigration au cœur du débat

À la veille du scrutin, Mark Reckless a lancé un pavé dans la marre en annonçant que les immigrés européens présents en Grande-Bretagne devraient repartir dans leur pays d’origine en cas de retrait du pays de l’Union européenne. Au café italien voisin de sa permanence de campagne, dans la rue principale de Rochester, il tente de rassurer. «Nous n’avons pas de problème avec les Français de Londres qui apportent une contribution positive, tempère-t-il. Le problème, ce sont les Européens de l’Est et du Sud, qui font pression à la baisse sur les salaires et obstacle à l’emploi des Britanniques.» La charmante petite ville médiévale fondée par les envahisseurs romains, saxons puis normands, avec son château fort, ses antiquaires et salons de thé, ne croule pourtant pas sous le poids de l’immigration. La proportion de résidents nés à l’étranger y est de 9,3 %, trois points sous la moyenne nationale. Le taux de chômage y est inférieur à 3 %. À Clacton-on-Sea, où a été élu Douglas Carswell, les immigrés forment à peine plus de 4 % de la population locale.

Le ministre de la Défense, Michael Fallon, décrit des villes anglaises «assiégées» par l’immigration. «Ne reste-t-il personne en Grande-Bretagne capable de faire un sandwich?», se désespérait en une le tabloïd Daily Mail, quand l’industriel Greencore, fournisseur de Marks & Spencer, est allé recruter trois cents employés en Hongrie.

Le sujet a évincé les questions économiques pour s’imposer au cœur du débat pour des législatives de mai 2015. «Cela reflète le sentiment d’une identité britannique menacée, peu importe que vos voisins soient immigrés ou non. C’est le sujet qui revient le plus dans les porte-à-porte électoraux. Aucun politique ne peut être assez inconscient pour l’ignorer», prévient Alp Mehmet, de l’association Migration Watch, qui milite pour une réduction drastique des arrivées. L’échec de David Cameron à honorer sa promesse de diviser par 2,5 le solde migratoire durant son mandat a fait le lit de l’Ukip. Alors qu’il s’était engagé à le ramener sous la barre des 100.000 personnes par an, le chiffre s’est accru à 243.000 l’an dernier. La moitié provient de l’Union européenne, un flux sur lequel le gouvernement n’a aucun contrôle du fait du principe de liberté de mouvement au sein de l’UE.

Surenchère de tous les partis

Pendant ce temps, l’Ukip a sensiblement redéfini son message. La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union n’est plus une fin en soi, mais le seul moyen de «reprendre le contrôle» des frontières. Cameron s’est engouffré dans la brèche pour tenter de contrecarrer les succès électoraux du parti de Nigel Farage, qui menace ses chances de réélection. «L’élection d’un député Ukip a déjà fait changer radicalement le discours de David Cameron sur le sujet, je n’ose imaginer ce que pourrait produire l’élection d’un second», se délecte Mark Reckless.

«Pour l’Ukip, quitter l’Europe et fermer nos frontières est la réponse à tous les problèmes», déplore Naushabah Khan, candidate travailliste à Rochester, fille d’immigrés pakistanais et kenyan. Embarrassée, la gauche a beau jeu de stigmatiser la «surenchère entre les Tories et l’Ukip», cela ne l’empêche pas d’y participer. Le Labour vient d’annoncer son projet de priver les immigrés européens d’allocations chômage pendant deux ans après leur arrivée pour mettre fin au «tourisme social».

L’obsession politique et médiatique ne laisse guère de place à la réflexion. «On assiste à un très vif débat anecdotique. Si on regarde les chiffres, il est clair que l’immigration européenne apporte une contribution fiscale supérieure à celle des Britanniques de souche», souligne Christian Dustmann, professeur à l’University College London. Dans une étude récente, il montre que les migrants européens ont rapporté quelque 25 milliards d’euros net au budget britannique entre 2001 et 2011. Économistes, chefs d’entreprise et quelques rares politiques s’alarment des conséquences économiques d’une fermeture des frontières. Mais «aucun leader politique n’a le courage de dire que l’immigration profite au Royaume-Uni», regrette Atul Hatwal, de l’association Migration Matters.

20 novembre 2014, Florentin Collomp

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