Migration et retour : quelles stratégies pour les pays de départs? | Réseau International Diaspora En Ligne
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Migration et retour : quelles stratégies pour les pays de départs?

Introduction

Ces travaux ont été réalisés par M. Serigne Babacar Guèye juriste Spécialiste en migrations internationales (Groupe d’Etudes et de Recherches pour le Développement Régional et Dynamiques Rurales – Réseau International DIASPORA EN LIGNE) en collaboration avec Dr. Fall Magatte chercheur à l’Université de Montréal. Spécialité géo-population, (Im) migration, pauvreté et développement international. Membre du groupe de recherche Redtac (Im) migration du Cérium de l’Université de Montréal.

      À pied, en camion, en bateau, en avion… près de 200 millions de personnes, soit 3 % de la population mondiale, sont parties tenter leur chance à l’étranger.

Un chiffre en constante augmentation, au rythme de la mondialisation et de la crise économique : en 25 ans, le nombre de migrants dans le monde a doublé.

Fuir les conflits, la pauvreté, le manque de travail, soif aussi d’une vie meilleure… près des trois quarts, des candidats à l’exil viennent des pays du Sud.

Combien, parmi eux, rentreront un jour au pays de leurs aïeux? Le projet de retour définitif, un mythe pour les migrants de tous horizons, est en effet constamment différé et se matérialise rarement. C’est ce que constatent Diasporaenligne et ses partenaires. À travers une réflexion pluridisciplinaire, nous avons étudié comment s’articulent migrations internationales, retours au pays d’origine et développement. Au cœur du débat, l’argent investi par les diasporas : s’ils s’accompagnent souvent d’effets pervers, ces fonds contribuent cependant efficacement à lutter contre la pauvreté, ouvrent l’accès à l’éducation ou à la santé et réduisent la vulnérabilité, notamment la débauche. De plus, forts de nouvelles compétences et expériences, les migrants de retour au pays modifient les hiérarchies sociales et politiques, les valeurs traditionalistes, les comportements en matière de santé, etc.

Terres de naissance, de transit ou d’accueil : tous les pays de la planète sont concernés. Au Nord comme au sud, les migrations internationales sont au cœur des enjeux politiques et des débats publics. Les recherches effectuées par Diasporaenligne.net et ses partenaires ont analysé leur impact sur le développement des pays d’origine des migrants.

I- Le concept du retour

          Le retour s’inscrit dans toute une symbolique de la migration, il est à la fois l’une des dimensions de l’objet, un enjeu entre les États, ou au sein de la famille, le lieu de rêve, de la réussite sociale, de l’identité ethno – culturelle et enfin le territoire de l’imaginaire pour l’immigrant. Cependant, malgré leur importance dans les phénomènes et l’expérience migratoire, les conditions d’après retour (insertion), comme d’ailleurs celle de l’avant départ des migrants, ont été peu étudiées. Pour ces raisons, lors du retour, l’immigrant et en particulier, l’étudiant diplômé qui retourne à la fin de ses études dans son pays d’origine, ne sortent des statistiques, en quittant la société d’immigration.

Ils disparaissent aussi pour la plupart des chercheurs, lesquels se sont peu intéressés  à cette

dimension importante de l’objet migration, qui est le retour — insertion. On dispose ainsi des données limitées concernant le retour des migrants en particulier des étudiants, la manière dont ils s’organisent, ils vivent ses nouveaux rapports dans son pays, puis de façon plus globale, les effets du phénomène migratoire sur la société d’origine. Pourtant, nul ne doute que les connaissances acquises lors de la migration soient de nature à nous permettre de mieux saisir les effets sociaux des situations migratoires.

Les études géographiques concernant les problèmes du retour apparaissent d’autant plus importantes, que le retour est depuis le début, le but même de cette aventure. De telles études

permettraient, en considérant le retour, comme le résultat d’un processus se déroulant au sein du pays d’immigration, de mieux rendre compte de la diversité de ces formes vers le pays d’origine.

II- Le concept de l’insertion

       Quant à l’insertion, l’une des caractéristiques principales de la période d’insertion est de permettre à l’individu concerné d’acquérir une expérience professionnelle minimale (le cas du retour des étudiants étrangers). Celle à combiner à la formation initiale reçue ou l’expérience professionnelle (cas de migrant non qualifié) lui permettra d’occuper efficacement un poste dans le système productif ou administratif. Dès lors, l’insertion apparaît comme un processus qui concerne les diplômés et des non-diplômés sans expérience professionnelle importante. Il n’en demeure pas moins que semble peu opérationnelle une définition du genre : l’insertion est l’entrée dans la vie active. En effet, une telle définition se heurte à trois ambiguïtés principales :

— Le terme d’entrée renvoie à un phénomène instantané ou du moins bref, mais dans les faits l’insertion est une procédure : complexe et souvent longue;

— La catégorie « jeune » n’a pas de signification analytique. Le temps de l’expérience au travail est un critère préférable à celle de l’âge. Or dans les pays en développement comme les nôtres, l’âge du premier productif est encore plus variable que dans les pays industrialisés.

— La notion de vie active est aussi plus difficile à cerner dans les pays en développement que dans les pays industrialisés où pourtant s’effacent les frontières de l’emploi.

Nous proposons donc la définition suivante de l’insertion : processus qui conduit une personne sans expérience à occuper une position stabilisée dans le tissu socio-économique.

Comme toute définition, celle – ci suppose d’être expliquée. Le terme même de processus « Ensemble de phénomènes conçus et organisés dans le temps ». Souligne la complexité de l’insertion surtout quand elle est appliquée à des diplômés migrants de retour dans leur pays après de longues années d’absence. L’insertion a un caractère organisé par des règles coutumières ou légales et des institutions inévitablement différentes d’un pays à un autre en fonction de l’histoire et d’une culture propre à chacun. Enfin, cette définition insiste sur la durée, sur le caractère dynamique de l’insertion qui ne saurait se réduire à une période brève que l’on pourrait, pour les facilités de l’analyse, suppose instantanée. Pour nous, dans le cas de l’insertion au pays, le retour – insertion doit être conforme au projet de départ. Sa formation parachevée par un diplôme obtenu lors de son séjour; ou l’acquisition de fonds financiers suffisants pour investir dans son pays d’origine.  Le migrant (qualifié ou non qualifié) a pu constituer un projet professionnel qui lui permet de retourner dans son pays natal, une promotion sociale en s’installant à son compte (par la reprise d’une affaire de famille) ou en travaillant dans le secteur privé ou dans le public en tant que cadre ou travailleur professionnel grâce à une intervention judicieuse.

III- Le retour « étape ou temporaire » et le mythe du retour définitif

          L’espace migratoire devient un objet complexe qui doit être pensé comme un continuum d’échelles (intercontinentales, inter ou intra régionales) reliées entre elles.

De la même manière, la complexité de l’architecture des migrants ne permet plus de situer le migrant dans la perspective d’une simple alternative entre le lieu de départ et le lieu dit de retour. Le migrant évolue de plus en plus dans la logique d’une tension perpétuelle entre ici et ailleurs.

Ainsi, l’emploi du terme « retour » appelle une grande vigilance, car il correspond de plus en plus à des réalités très différentes aux implications parfois contradictoires. Schématiquement, on peut distinguer les retours « définitifs proprement dits » et les « retours — étapes » ou « temporaire ». Les retours dits définitifs sont inhérents aux politiques publiques d’aide à la réinsertion, ou émanent, plus rarement, d’initiatives individuelles ; celles-ci induisent un redéploiement spatial complexe et hiérarchisé.

A — Le retour « étapes » ou « temporaire »

          Le retour définitif au pays étant peu envisagé par le migrant encore valide malgré ses dénégations, des comportements nouveaux semble se dessiner dans la conduite du migrant soucieux de pérenniser sa quête d’un mieux vivre qui s’apparente à une déshérence.

Diversement interprétées, ces nouvelles donnes migratoires sont encore limitées pour mériter l’appellation de stratégies. Elles s’apparentent plus à des velléités repérables à la fois dans la zone d’accueil et dans le pays de départ. Il est difficile de soutenir qu’elles sont récentes, mais la crise les a indéniablement amplifiées. En modifiant notablement l’architecture du parcours migratoire, les mutations en cours bouleversent les comportements traditionnels des migrants. Par ailleurs, le « retour étape », lié à un espace de ré — émigration, d’où le migrant rebondit vers d’autres lieux de fixation temporaire s’affirme comme une des options privilégiées du migrant; après une seule ou une série de migrations vers l’Europe, certains tentent de repartir vers le Nord, pays européens ou des Amériques, d’autres réactivent des réseaux vers l’Afrique occidentale ou l’Afrique Centrale, quelques – uns s’orientent vers les pays du Golfe. Parallèlement, des migrants de retour d’un pays africain repartent vers d’autres régions du continent. L’étape dans le pays d’origine varie entre quelques mois et un an voire deux ans.

À travers le tableau nº 1, on constate que, la fréquence des retours temporaires varie selon le lieu d’immigration ; les Sénégalais émigrés en Afrique reviennent, lors des congés annuels et pour les fêtes familiales ou religieuses. Par contre, les Sénégalais (migrants réguliers) émigrés en Europe, aux États — Unis ou dans les pays du golfe espacent de plus en plus leur séjour (2 à 3 ans). Quand ils ont de la possibilité « d’aller et venir », les migrants (réguliers) trouvent que la période de congé est trop courte par rapport au coût du voyage (titre de transport et obligations sociales). Certains migrants choisissent de démissionner de leur emploi au moment du retour tandis que d’autres ont opté pour un retour au pays tous les deux ans afin de bénéficier du cumul des congés.

L’absence de circulation migratoire entre pays de départ et le pays d’accueil constituent un épineux problème pour les migrants irréguliers. Ils sont alors obligés de rester dans le pays d’accueil sous peine de ne plus bénéficier de « visa de retour » auprès des services consulaires de Dakar. Moins chanceux que leurs concitoyens d’Italie pour qui les régularisations périodiques constituent une bouffée d’oxygène, beaucoup de « Sénégalais d’Amérique » n’ont jamais pu visiter leurs familles après un séjour allant de 5 à 10 ans voir plus. Ceux émigrés dans un pays limitrophe (Gambie, Guinée – Bissau, Mali) s’inscrivent dans un espace bipolaire, axé sur une double fixation économique et sociale. À ces retours s’ajoutent des expulsions massives qui se déroulent parfois dans des conditions dramatiques comme en témoignent les évènements de juin 1989 entre la Mauritanie et le Sénégal.

B- Le mythe du retour « définitif »

    Dès qu’il quitte la mère patrie, le migrant n’a qu’une idée en tête : rentrer un jour définitivement au pays, avec de meilleures conditions de vie, prouvant sa réussite sociale. Un projet qui prend rapidement la forme d’un rêve, d’un mythe, constamment repoussé au moment de la retraite, quand le projet migratoire sera réalisé, ou bien lorsque le contexte économique ou politique dans le pays de départ sera plus favorable, etc. Outre avec l’évolution de leur société d’origine, les chercheurs ont observé que les migrants modifient leur projet migratoire en fonction de leur vie dans le pays d’adoption : obtention d’un emploi, insertion dans le tissu social, acquisition de droits sociaux, voire de la citoyenneté, constitution d’une famille… Ce qui conduit le migrant à redéfinir au fil du temps sa relation avec sa communauté. La personne exilée peut alors se retrouver en décalage avec les siens qui sont restés au pays du fait de son expérience acquise à l’étranger, de ses perceptions, de la distance géographique et sociale ainsi que des conditions de santé précaires. De ce fait, de nombreux migrants ne réalisent jamais leur projet de retour et n’effectuent que des va-et-vient entre le pays d’origine et celui d’accueil. Pires encore, ils retournent au pays qu’après leur mort.

Cependant, s’ils veulent conserver leur place, leur légitimé, et donc la possibilité, pour eux-mêmes ou pour leurs enfants, de réintégrer un jour leur communauté, ils sont tout de même contraints de maintenir des liens de solidarité. Ils vont ainsi apporter un soutien financier, le plus souvent au bénéfice de leur famille, en matière de santé, de scolarisation ou d’aide alimentaire, etc.

Aujourd’hui, si le retour devait être posé comme solution pour résoudre les problèmes de développement dans les pays du tiers, il devrait plutôt s’orienter vers les étudiants étrangers. En effet, le but même de cette immigration des Temps modernes est : d’étudier et de repartir. Mais avec la mondialisation et la globalisation des économies le terme de retour-insertion est à manipuler avec beaucoup de prudence. Comme nous le constatons, sur les motivations de ces départs (manques de matériels, recherches d’un environnement de travail plus adéquat, une bonne promotion sociale et financière, etc.) obligeant ces derniers à rester dans leurs pays de formation. Donc, il serait intéressant dans ce cadre, de mettre en place, des réseaux de contacts capables de regrouper l’ensemble de ces personnes qualifiées en vue d’apporter leurs expertises pour le développement de leur pays d’origine tout en restant dans leur pays d’accueil notamment pour ceux qui n’envisagent pas le retour dit « définitif ».

En effet, c’est seulement dans les années 90 que les publications s’intéressent particulièrement à la question du retour des étudiants étrangers. Cependant depuis les années 1980, le phénomène de « l’exode des compétences » qui affecte les pays du sud avait été repéré. On commence alors à se poser la question qui est de savoir si le fait d’aller étudier à l’étranger n’est-il pas un moyen de favoriser ou d’accélérer la « fuite des cerveaux » du tiers monde. Car les étudiants étrangers sont en face d’une double perspective : Insertion dans leur pays d’origine et sédentarisation dans leur pays de formation ou dans d’autres pays européens ou dans les pays nord-américains. Ainsi pour Gaillard (J) : « La lutte contre la fuite des cerveaux s’inscrivit dès lors, et logiquement, dans l’idée de retour ».1 Toujours selon lui : « L’objectif devenait donc d’essayer de récupérer ces personnes hautement qualifiées qui préféraient rester à l’étranger plutôt que de revenir dans leur pays d’origine. Or, pour faire revenir ces nationaux expatriés, l’expérience a prouvé qu’il fallait beaucoup plus qu’un simple dispositif politique et administratif, aussi sophistiquer soit-il : il fallait d’abord une volonté politique à long terme et il fallait surtout que ce retour soit à la fois porteur de et porté par une véritable évolution des conditions scientifiques, techniques, économiques et sociales, qui étaient à l’origine des expatriations elles-mêmes »1.

A partir des années 90, trouver un emploi à la fin de ses études, surtout pour les étudiants diplômés de l’étranger de retour dans leur pays d’origine n’est plus une chose facile. Cependant pour ceux qui ont un réseau d’amitié ou familial qui pourra les intégrer dans l’Administration ou dans le réseau universitaire le retour à la fin des études est toujours envisageable. Comme l’a si bien expliqué Amougou (E) : « à la fin de leurs études en France, ces étudiants qui rejoignent leur pays ont souvent du travail à la clé comme on dit. Ceci est sans nul doute le résultat d’une stratégie de mobilisation familiale ou ethnique ». 2 Toujours Amougou (E) de poursuivre : « Elle est fondée sur le quadrillage, voir le quasi-monopole de certaines fonctions professionnelles profondément déterminantes sur le plan symbolique ».

Mais aussi la maîtrise des flux migratoires puisque les autorités des pays industriels ont décidé de ne plus laisser un étudiant sur leur territoire à la fin de ses études. Comme l’explique Slama (S), dans le cadre de la maîtrise des flux migratoires en France : « dès les premières mesures de maîtrise des flux migratoires, les autorités publiques ont affiché leur volonté de ne plus laisser les étudiants étrangers se maintenir durablement sur le territoire au moyen d’inscriptions multiples, ni de les laisser s’installer à la fin de leurs études ».

Ainsi, les étudiants étrangers sont placés dans une alternative : réussir ou repartir, réussir et repartir. Ces difficultés dont les principales sont d’une part la crise économique qui affecte les pays de départ. Nous citerons le cas du Sénégal qui, depuis une vingtaine d’années le secteur de la pêche souffre d’un manque cruel de compétitivité, l’objectif de développement du coton au Sénégal oriental n’a guère été atteint malgré des aides importantes, le secteur arachidier était le secteur clé de l’économie sénégalaise, mais il s’est véritablement effondré après 1985. Le montant du financement reste modeste, car il s’agit d’un secteur en récession profonde pour lequel l’investissement doit être mesuré. L’aménagement du fleuve Sénégal avait pour but de développer une filière riz nationale et de fixer les populations en zone rurale en créant des emplois.

Le projet semble avec le recul avoir été trop ambitieux et mal adapté aux capacités des Sénégalais. Les modes d’exploitation sont ainsi restés traditionnels et ne parviennent pas à rentabiliser les aménagements réalisés. D’autre part, on assiste à l’application de nouvelles politiques économiques antisociales dictées aux gouvernements du Sénégal par le FMI et la banque mondiale (réduction des budgets de l’éducation, de la santé, de l’assainissemen, suppressions d’emplois, augmentation des prix de produits sociaux, dévaluation du Franc CFA).

Ces politiques d’ajustement structurel prônent des recettes fondées sur le néolibéralisme (privatisation et libération de l’économie). Le nombre de pauvres a tellement augmenté de ce fait, que les politiques d’ajustement structurel sont considérées comme de véritables facteurs de paupérisation de larges secteurs de la population. C’est dans ce contexte d’aggravation de la crise économique que l’État sénégalais va diminuer le nombre des effectifs et le recrutement aussi dans la fonction publique. L’effectif de la fonction publique est passé de 65 887 agents en 2000 à 65 259 emplois en 2001, soit 628 agents de moins en terme absolu, et 0,95 % en terme relatif. L’État a aussi engagé le départ d’un bon nombre de ses agents dans un programme appelé : « départ volontaire ».

Le recrutement dans la fonction publique dans les pays de départ ressemble au propos d’Amougou: « Ne se fait jamais sur la base d’une évaluation scientifique ni de la valeur du candidat, ni de ses travaux quand ceux- ci existent. Les commissions scientifiques n’existent pas, et quand elles existent, elles sont taillées sur mesure ».2 En général, deux types de retour sont envisagés par les étudiants : Les retours pour des séjours limités qui ont eu lieu pendant les vacances scolaires et les retours définitifs au pays en vue d’une installation professionnelle.

Il est important de souligner d’abord les facteurs qui interviennent de manière constante en faveur du retour définitif. Ils sont de trois ordres : l’attachement au pays natal, l’importance des liens familiaux, les exigences ressenties par rapport à l’appartenance nationale. Ces facteurs varient selon les étudiants, mais ils sont toujours présents et toujours susceptibles d’être saillant avec plus ou moins de vigueur, en fonction notamment des évolutions marquant le climat de l’accueil réservé à ces étudiants par les pays d’immigration.

Cependant au premier rang des « raisons » jouant contre l’hypothèse du retour et pour l’installation dans le pays de formation ou dans un autre pays similaire sont les représentations et les anticipations, touchant à la professionnalisation future des étudiants. Donc la « raison » du non – retour est d’abord professionnelle et par là économique. Il est vrai que les perspectives professionnelles offertes par le pays d’accueil sont supérieures à celles du pays d’origine par exemple au Sénégal dans les carrières universitaires.

Nous pouvons aussi évoquer un second ordre de raisons jouant contre la disposition du retour des étudiants étrangers; l’anticipation des problèmes que leur parait poser leur réintégration dans les cadres sociaux et culturels de leur pays d’origine, venus avec des idées dites « à l’Occidentale » ils auront du mal à retrouver leur place dans une société ou la plupart des relations entre les hommes est basée sur la coutume dont certains ne tarderont pas à qualifier de vétuste après un long séjour en occident. Cela est plus ressenti chez les jeunes femmes dont le passage dans une société occidentale tend à s’identifier à un processus d’appartenance à une émancipation. En effet lors de séjour parfois long en occident, ces étudiantes expérimentent un statut de leur sexe et une condition féminine, marqués par une véritable libération de quelques-unes des contraintes, perçues soudain comme oppressives, qui pèsent sur ce statut et cette condition dans le pays d’origine. Les problèmes posés, à leurs yeux par la « réintégration » des cadres sociaux et culturels à leur retour font que connoter l’inadaptation ou les difficultés de réadaptation, ils ont la signification d’une régression, d’un retour à une condition qu’on estime avoir dépassée depuis longtemps.

En somme, la question du retour et du non-retour s’explique par des raisons multiples et variées. Ainsi, nous pouvons évoquer :

Le caractère archaïque des mentalités, surtout culturelles empêchant le retour des étudiants à rentrer travailler dans leur pays d’origine;

Le manque de transparence en ce qui concerne les règles du jeu social et économique. En effet, la marginalisation de leurs compétences, le culte de l’étranger, la promotion par le biais des liens familiaux et du réseautage représente un obstacle considérable à leur retour au pays d’origine. Les liens de parenté, le favoritisme et le niveau social constituent les critères largement utilisés en matière de promotion sociale;

L’inadaptation des carrières avec les opportunités offertes;

Un manque d’opportunités de travail et de recherche viables et attrayantes. Des réelles opportunités de carrières sont pratiquement inexistantes pour des personnes hautement qualifiées aussi bien dans l’Administration que dans les entreprises industrielles;

Les salaires qui ne répondent pas toujours à l’attente de ces étudiants diplômés.

La question du retour et du non-retour apparaît largement comme étant un choix réfléchi et rationnel. Elle s’inscrit parfaitement dans la logique de la mondialisation et de l’internationalisation des compétences. Au regard de cette nouvelle génération d’immigrés, l’État et les entreprises n’ont pas pu créer un environnement favorable dans lequel ils pourraient évoluer de manière transparente et dynamique. L’environnement existant ne répond nullement à leurs aspirations et à leurs préoccupations tout à fait normales et légitimes.

Ainsi, nous avons rencontré quelques anciens étudiants sénégalais qui se sont fixés dans le Nord de la France lors de nos enquêtes de thèse de doctorat de géographie, par exemple cet ancien étudiant sénégalais qui nous explique pourquoi il est resté en France : «  Les salaires proposés au Sénégal sont insuffisants pour entretenir correctement une famille, je prends mon expérience personnelle, après mes études à Bordeaux, je suis rentré au pays pour apporter ma pierre à l’édification de la nation. D’abord, je n’ai eu qu’un poste de contractuel, dans l’administration avec un salaire de misère. Le cinq du mois, j’étais obligé d’entrer dans un cycle d’endettement pour survivre, de guerre lasse, j’ai pris un billet pour l’occident, et dire que je voulais rester au pays pour travailler »4. Mais aussi cette ancienne étudiante qui nous explique aussi son cas : « Après mes études sanctionnées par un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) obtenu à Paris, la société dans laquelle je travaille m’a proposé un salaire de départ de 2500 euros, au même moment l’Administration sénégalaise me proposait          250 000 F CFA, vous voyez la différence, je ne pouvais que rester » 4.

De façon générale, le migrant travailleur non qualifié ou qualifié aspire à rentrer un jour dans son pays d’origine, pour un étudiant par exemple, ce retour est généralement déterminé par la part de satisfaction et de déception qu’il pourrait avoir pendant son cursus universitaire dans le pays de formation.

Nous avons retenu les propos de quelques étudiants recueillis pendant notre enquête sur le terrain lors de notre doctorat de géographie soutenu en mars 2009. Par exemple cet étudiant de 2e cycle de biochimie à Lille 1 qui explique sa satisfaction par rapport à ses études : « ce que je suis en train de faire ici déjà n’existe pas au Sénégal en deuxième cycle. Les études sont plus performantes, les professeurs sont de renommées, des labos bien équipés franchement il y a tout pour réussir » 4. Concernant sa déception, il nous dit : « j’ai repris mon année, pour moi c’est décevant vu la formation initiale que j’avais par rapport à la formation que je suis en train de suivre, j’ai eu quelques difficultés, mais je crois que c’est une déception temporaire »4. Mais aussi cet étudiant de 2e cycle d’anglais à Poitiers qui nous dit : « je ne suis pas trop satisfait, je trouve qu’ici, je fais des études en anglais, mais elles sont trop mélangées avec le français, ce n’est pas ce que je croyais au début, même au Sénégal on fait beaucoup plus d’anglais qu’en France » 4.

Cet étudiant de 3e cycle de droit des assurances nous dit par rapport à sa satisfaction : « si je compare par rapport au Sénégal, ici on arrive à respecter le programme établit durant l’année, du moins c’est des connaissances dont – on est sûr d’acquérir à la fin de l’année, il y a le matériel qui est disponible ce qui n’est pas le cas au Sénégal » 4. Par rapport à sa déception, il nous dit : « avant de venir ici on nous faisait croire que les études étaient faciles en France on réussissait facilement, mais là quand on a vu la réalité on sait qu’il faut vraiment travailler » 4.

Dans le cadre de notre enquête de terrain pendant notre doctorat de géographie, sur les 100 étudiants qui sont enquêtés 67 affirment leur intention de retourner travailler au Sénégal à la fin de leurs études, contre 22 qui affirment changer de pays à la fin de leurs études universitaires, et 11 pensent qu’ils ont leur chance de trouver un emploi stable en France. Sur la question des projets en matière d’installation géographique, les données recueillies sont dans ce domaine à manier avec beaucoup de prudence. Ces réponses véhiculeraient- elles sans nulle équivoque des intentions solidement formées? Il faut faire une différence entre les dites – intentions, avec les décisions finales. Ce que l’on appréhende ici c’est un état à un moment précis, des décisions des étudiants, rien ne permet de dire que cet état sera durable. Dans ce cas, on ne peut pas affirmer des positions du genre : le taux de retour, ou de non-retour est de… il faut prendre ces résultats pour ce qu’ils sont, il y a évidemment fort loin de ces affirmations publiques à la réalité des pratiques finales.

IV- L’argent des migrants : une arme contre la pauvreté du pays.

          En 2007, les cinq principaux pays bénéficiaires des envois de fonds des travailleurs migrants ont été l’Inde (USD 27 milliards), la Chine (UDS 25,7 milliards),  le Mexique (USD 25 milliards), les Philippines (USD 17 milliards), et la France (USD 12,5 milliards). En proportion du PIB, ce sont toutefois, de petits pays comme le Tadjikistan ( 36 %), la Moldova (36 %), Tonga (32 %), la République kirghize (27 %) et le Honduras (26 %) qui se sont taillé la part du lion en 2006. Il faut rappeler que ces envois de fonds proviennent pour l’essentiel des pays riches. Les Etats-Unis sont de loin la principale source avec 42 milliards de dollars de sorties de fonds en 2006. L’Arabie saoudite arrive en deuxième position, suivie par la Suisse et l’Allemagne.

Plus de 160 milliards de dollars : c’est la somme envoyée chaque année par les 200 millions de migrants dans le monde vers les pays du Sud. Un montant trois fois supérieur à l’aide publique au développement. Ces transferts d’argent constituent une importante ressource pour bon nombre de pays, comme l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Mali, le Congo, le Sénégal, la Turquie, l’Égypte ou encore le Maroc où ils sont supérieurs aux revenus du tourisme. Dans le cadre du Sénégal d’après le recueil de statistiques sur les migrations et les envois de fonds de la banque mondiale.

(www.worldbank.org/perspects/migrationandremittances), ces transferts de fonds de l’étranger en 2000 représentent 233 millions de dollars US, en 2001 ils s’élevaient à 305 millions de dollars US, en 2002 le chiffre de 344 millions de dollars est avancé, en 2003 on compte 511 millions de dollars US, en 2004 on note 633 millions de dollars US, en 2005 ils sont évalués à 789 millions de dollars US, en 2006 le calcul de ces transferts étaient de 925 millions de dollars US, en 2007 ils sont dénombrés à 1 192 millions de dollars, en 2008 ils sont quantifiés à 1 288 millions de dollars US, en 2009 ils passent à 1 276 millions de dollars. Nous constatons à travers ces chiffres une croissance importante de cette manne financière qui a pratiquement quintuplé entre 2000 et 2009, cependant avec une légère diminution en 2009 liée à la crise économique qui a affecté le monde dans sa globalité. Nous préciserons également que ces transferts de fonds sont enregistrés par des canaux officiels. Le volume réel de ces transferts, si l’on tient compte des envois non déclarés, que ce soit par des canaux officiels ou informels, est probablement plus élevé. Le total des transferts peut différer de la somme des différentes composantes dans la mesure où ils peuvent provenir d’autres sources (Fonds envoyés par des travailleurs, rémunérations de salariés, transferts de migrants etc.)

Cependant, ces financements depuis l’étranger mettent sous perfusion la société d’origine sans véritablement créer de dynamiques internes. Les observateurs affirment souvent que cet argent ne contribue pas à la croissance économique et qu’il est dilapidé en dépenses somptuaires (mariages, baptêmes, construction de mosquées, etc.…). Or, s’il est vrai qu’il n’alimente pas toujours des investissements productifs à l’échelon de la région ou du pays, il contribue néanmoins au développement social en améliorant le niveau de vie des individus et des familles. Cette source de revenus permet en effet de limiter les risques de paupérisation. Elle joue le rôle d’assurance maladie, finance l’éducation des enfants, permet de se prémunir des aléas climatiques, etc.

En guise d’illustration nous citerons une étude de la DPEE (direction de la prévision et des études économiques), citée par l’APS (agence de presse sénégalaise), que les transferts de fonds des Sénégalais de l’extérieur ont représenté en 2007 environ 460 milliards de FCFA, soit trois fois plus que les investissements directs étrangers. Ce qui explique l’importance de ces fonds. Toujours selon la même source, la principale conclusion tirée de cette étude, mentionne que les envois de fonds des migrants réduisent significativement, le nombre de ménages en dessous du seuil de pauvreté (incidence) à hauteur de 31 %. Ce qui signifie que le tiers des ménages recevant des transferts auraient été pauvres, s’ils ne recevaient pas ces fonds.

Cette étude révèle que les transferts de fonds accroissent en moyenne de 60 % les dépenses par tête des ménages qui les reçoivent, même si la répartition selon les milieux de résidence et le niveau de revenu fait sortir des disparités au sein des ménages. Les résultats de l’étude révèlent que le découpage des ménages en cinq groupes de revenus allant du plus pauvre au plus riche (quintile) montre une évolution croissante de l’effet des transferts en fonction du revenu. L’étude ajoute que Dakar et les autres villes présentent les impacts les plus forts avec respectivement 95 % et 63,2 % d’accroissement des dépenses en raison des transferts, comparés au milieu rural où l’impact n’est que de 6 %. Dans les autres villes, note l’étude, on remarque une baisse beaucoup plus forte de l’incidence de la pauvreté (60 %), en raison des transferts des migrants, et précise aussi que deux ménages sur trois des autres villes recevant des transferts auraient été pauvres en l’absence de transferts. Nous citerons également le communiqué de presse n°2008/243/DEC, de la banque mondiale à Washington du 19 mars 2008 : « dans de nombreux pays en développement, ces transferts de fonds sont vitaux pour les pauvres »5, déclare Dilip Ratha, économiste senior et auteur avec Zhimei Xu, du panorama des statistiques. Et ils affirment aussi : « ils sont souvent une source essentielle de devises et une force stabilisatrice pour l’économie en période de turbulence » 5.

Par ailleurs, le pouvoir économique des migrants constitue un enjeu social, et surtout politique, important. En effet, leur réussite à l’étranger peut d’une part modifier la hiérarchie sociale traditionnelle. De plus, leur expérience migratoire et la vie à l’étranger leur permettent de suivre une formation scolaire, universitaire et professionnelle et d’apprendre des valeurs telles que la démocratie, la parité homme et femme ou la reconnaissance des qualifications professionnelles. Cela leur permet également d’acquérir de nouveaux comportements en matière de santé, mais aussi de gestion économique, etc.

Enfin, les quelques migrants de retour au pays, mais aussi ceux restés à  l’étranger, n’hésitent plus à s’investir dans le jeu politique à l’encontre de la tradition : remise en cause du pouvoir et du rôle politique lié à l’âge, à l’appartenance de caste, au prestige d’une lignée… Pour les pays du Sud, dont les trois quarts des migrants de la planète sont issus, les migrations internationales représentent d’importants enjeux en termes de développement. Soutien financier aux familles, transfert de compétences, défense de valeurs démocratiques, redistribution du jeu politique… : malgré une certaine dépendance financière qui s’instaure, les impacts positifs sont multiples. On précisera que la catégorie de personnes hautement qualifiées toutefois n’est pas perdue pour le pays d’origine, et constitue une réserve de main-d’œuvre qualifiée que ce dernier pourrait utiliser en cas de décollage économique. Ceci a été le cas des pays de l’Asie du Sud-est, en particulier la Corée et Taiwan. En effet, avant les années 90, 90 % de leurs intellectuels formés à l’étranger resté après la fin de leurs études notamment aux États-Unis. Cependant, depuis que le pays a amorcé son développement économique 70 % des diplômés formés à l’étranger en particulier aux  États unis commençaient à rentrer avant l’obtention même de leur diplôme.

Demeure la question de la transmission du lien social : les enfants de migrants nés dans le pays d’accueil vont-ils continuer à aider leur communauté d’origine alors qu’ils ont accès à un autre niveau de vie, de nouvelles exigences en termes de consommation, une autre nationalité, une autre culture?

V- Les recommandations

           Face à l’ampleur du phénomène de la migration et de ses conséquences très fâcheuses pour les pays du Sud, il est devenu de plus en plus urgent d’arrêter cette saignée ou du moins d’en atténuer les dommages. Ainsi une véritable stratégie nationale visant à retenir les cadres, ingénieurs, médecins et à faire rentrer le maximum d’entre eux ainsi que des migrants non qualifiés, mais qui envisagent de revenir ou investir dans leur pays de départ, doit être initiée et mise en œuvre. Celle-ci doit s’articuler autour d’un ensemble de mesures et d’actions cohérentes et complémentaires visant à créer un environnement général favorable à ces exilés. Parmi les mesures de réformes à envisager, on peut insister, en particulier, sur :

Une amélioration très profonde des mécanismes de fonctionnement de l’État et des entreprises à travers l’installation d’une véritable méritocratie : respect des compétences réelles, véritables plans de carrières, ouvrir la voie de la responsabilité aux jeunes.

Une moralisation de la vie publique et au sein des entreprises au moyen de l’application des principes de priorité, d’intégrité, d’honneur… les sens de la responsabilité et de la citoyenneté doivent être de mise un peu partout; La nécessité de moderniser les mentalités tout en élargissant les espaces de liberté et de démocratie. De même, la culture du travail, le sens du professionnalisme; La mise en application d’une véritable politique de promotion de la recherche/développement. Il s’agit entre autres de développer les centres et instituts de recherche tout en les dotant des moyens humains et techniques satisfaisants, d’élargir l’interface entre le monde de la recherche et celui des affaires…

Pour le cas de l’incitation au retour notamment pour les personnes hautement qualifiées, il faut prévoir des allocations de voyage, des propositions d’emploi, des aides à la création d’entreprises particulièrement pour les scientifiques qui veulent introduire des technologies nouvelles; Il faut des conditions particulières d’accueil pour des professeurs et experts nationaux résidents à l’étranger afin qu’ils puissent travailler durant de courtes périodes dans leur pays d’origine, des programmes de recrutement d’experts confirmés pour des projets à court terme (ou long terme) tant pour le secteur public que pour celui du privé. A cet effet, l’exemple du Dr. Modibo Diarra est très pertinent. Après, avoir été recruté par la NASA, où il participe à différents programmes, Magellan vers Venus, Ulysses vers les pôles du Soleil, Galileo vers Jupiter et Mars, Observer et Mars Pathfinder vers Mars. En 1999, il obtient de la Nasa de travailler à mi-temps. Ce qui lui permet de se consacrer au développement de l’éducation en créant notamment une fondation, Fondation Pathfinder pour l’éducation et le développement. En 2002, il prend un congé sabbatique afin, de développer au Mali à Bamako, un laboratoire de recherche sur l’énergie solaire. Organisateur du Forum mondial sur l’éducation à Dakar en avril 2000 et du Forum sur l’Afrique au Siège de l’UNESCO en novembre 2001. Ambassadeur de bonne volonté pour l’UNESCO. Il a été le premier président de l’université virtuelle africaine basée au Kenya, qu’il a quitté en 2005 pour cofonder l’université numérique francophone mondiale.

Mais aussi des programmes de formation et d’encadrement pour la communauté non scientifique pour les aider à tenir une bonne comptabilité et de rentrer dans les circuits formels de la finance.

Cela va forcément exiger des mesures spécifiques extrêmement favorables pour ceux qui veulent revenir, mesures incluant des salaires compétitifs, des facilités de logement, ou encore une assistance scolaire spécifique pour leurs enfants, diminution ou annulation des taxes (court terme ou long terme) pour les expatriés qui veulent investir dans le pays de départ, etc.

Il faut toutefois, souligner que ces opérations de retour ne seront possibles à une condition que les autorités fassent d’énormes efforts pour reconnecter leurs élites avec le pays d’origine dans le cadre de réseaux scientifiques et techniques. Et cela se fera par l’organisation d’activités de rassemblement :

Pour la communauté scientifique, financement de symposium, de réunions et d’ateliers entre communauté scientifique et technique locale, et les associations d’expatriées précédemment identifiées et localisées par la mise en place de programmes de bourses et d’autres activités de sciences et de technologies, favorisant les liens et les échanges de cette communauté expatriée avec le pays d’origine. L’exemple que nous pouvons donner et d’organiser surtout les étudiants diplômés de l’étranger une semaine de l’emploi, qui se tiendra pendant les grandes vacances c’est dire lors des congés scolaires entre mi-juins et fin aout. Cela leur permettra de profiter dans cette période de tenter une expérience de retour – insertion qui ne peut se faire que dans sur longue période. Ils peuvent à cet effet, rencontrer des employeurs pour une insertion immédiate ou future, de connaître l’évolution du marché de l’emploi du pays d’origine et même penser à se réorienter pour une meilleure insertion professionnelle.

Pour la communauté non scientifique, organisation de forums, de rencontre avec des partenaires locaux, mais surtout le financement de séances de formation pour une bonne gestion de leur projet de retour-insertion, en investissant dans les secteurs à fortes valeurs ajoutées. Ainsi, on pourrait tenter de les regrouper en association ou partenaire dans un même secteur d’activités. Par exemple, rassembler ceux qui veulent investir dans le secteur primaire, industriel et le tertiaire afin, de mieux les encadrer.

En somme, il s’agira dans un premier temps de localiser et de mobiliser les talents et les investisseurs potentiels pour les inciter à retourner dans leur pays d’origine. Ainsi, ces retours seront favorisés pour l’existence de réseaux formels ou informels entre diasporas qu’elles soient traditionnelles ou scientifiques (quand ces dernières existent) et les communautés scientifiques et techniques nationales. À ce propos, le rôle des diasporas deviendra un élément central en tant que stratégie de contournement et de récupération des expatriés.

Conclusion

          En guise de conclusion, nous constatons avec force la complexité de la notion de retour-insertion des migrants. Il est à la fois l’une des dimensions de l’objet, un enjeu entre les États, ou au sein de la famille, le lieu de rêve, de la réussite sociale, de l’identité ethnoculturelle, et enfin le territoire de l’imaginaire pour le migrant. Quant à l’insertion : elle est un processus qui conduit une personne sans expérience à occuper une position stabilisée dans le tissu socio-économique. De la, il convient aussi de remarquer qu’il existe deux types de retour pour les migrants : un retour dit « étape ou temporaire », et un autre dit « définitif ». Cependant, il faut souligner que l’argent des migrants est une arme contre la pauvreté du pays de départ. Dans la mesure où ce dernier est parfois supérieur à l’aide au développement reçue des pays riches. Et dans certains pays, cet argent a permis le recul de la pauvreté et la garantie de la stabilité sociale. Malheureusement, ceci est souvent mal géré et n’est pas investi dans des secteurs à fortes valeurs ajoutées pour améliorer la croissance économique du pays de départ. Alors, un certain nombre de recommandations a été fait en vue de proposer aux décideurs, aux partenaires, et aux migrants une solution pour un retour-insertion possible et réussi.

Mots clés :

Étudiants étrangers— Migrations internationales — Insertion — Retour — Enseignement supérieur — Pays d’accueil — Pays d’origine — Migration étudiante — Réseaux

BIBLIOGRAPHIE

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– APS, Emigration- Finance, Dakar, 2 juin 2008.

ASSOCIATION MAROCAINE D’ETUDES ET DE RECHERCHES SUR LES MIGRATIONS, La migration Sud Nord : la problématique de l’exode des compétences, Rabat, 2002, 231p.

BANQUE MONDIALE, communiqué de presse n° 2008/243/DEC, Washington, 19 mars 2008.

 GUEYE (S.B), Titre : Migration et retour : (investissements des émigrés Sénégalais), quelles stratégies pour les pays de départs? Etudes-2011 (Réseau International Diaspora En Ligne).

FALL (M), La migration des étudiants sénégalais en France : ses déterminants, les conditions de séjour des étudiants et leur devenir » thèse de doctorat de 3ème cycle de géographie, Lille, Univ Lille 1, 2009, 333p

MA MUNG (E.) (sous la direction de), Mobilité et investissements des émigrés : Maroc, Tunisie, Turquie, Sénégal, Paris, L’Harmattan, 1996, 272p.

SLAMA (S.), La fin de l’étudiant étranger, Paris, L’Harmattan, 1999, 312p. Introduction.

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