Quels moyens de lutte contre l’immigration clandestine ? | Réseau International Diaspora En Ligne
Réseau International Diaspora En Ligne

Quels moyens de lutte contre l’immigration clandestine ?

L’Union européenne est devenue le 1er continent d’immigration. Les conflits à ses frontières et dans les zones plus lointaines où elle dispose d’intérêts stratégiques ne vont pas cesser de rendre la question plus épineuse et plus difficile à résoudre.
Les moyens traditionnels sont déjà utilisés même s’ils peuvent être renforcés.
Des moyens exceptionnels sont nécessaires.

L’aide aux pays de départ des immigrés clandestins choisissant la voie maritime est une nécessité. L’Union européenne y est très présente, souvent au tout premier plan mondial comme au Maghreb. La coopération policière s’y développe et rencontre un certain nombre de succès, comme avec l’Algérie, le Maroc ou certains Etats africains. Fixer les populations par une assistance économique, se tenir aux côtés des Etats qui reconstruisent une démocratie politique, sont déjà des efforts européens systématiques, qu’il convient d’accroître, mais qui ne sauraient suffire. La conclusion d’accords de réadmission est nécessaire et l’une des missions de Frontex est justement d’aider à leur mise en œuvre. Mais l’exemple turc démontre qu’ils peuvent aussi n’être pas appliqués, volontairement ou sous la pression du nombre de réfugiés de conflits environnants. La Turquie est ainsi devenue le premier pays au monde pour l’accueil de réfugiés, estimés à au moins 1,6 million.

Faut-il aller jusqu’à conditionner ces aides à une meilleure coopération contre les réseaux criminels de passeurs qui ont souvent partie liée avec des acteurs du crime organisé dans d’autres domaines, voire avec le terrorisme ? C’est une piste que l’Union explore même si elle est contraire aux canons de son Soft Power.

Nombre de responsables politiques, à commencer par le Parlement européen et la nouvelle Commission européenne, plaident pour un renforcement de l’Agence Frontex et militent pour la création, à terme, d’un corps de garde-côtes européen. Si le renforcement de Frontex, déjà engagé, est nécessaire, créer une administration européenne spécifique conduirait à confondre les moyens avec l’objectif. Les premiers sont pour l’instant limités par le droit international et le droit de la mer, consacrés par l’autorité de l’ONU. L’objectif d’une politique migratoire commune aux Etats membres de l’Union est, en revanche la priorité, rappelée par Jean-Claude Juncker, le président de la nouvelle Commission européenne qu’il a dotée d’un Commissaire aux Migrations, le Grec Dimitris Avramopoulos. Elle ne pourrait contribuer à limiter l’immigration illégale qu’en ouvrant des perspectives d’immigration légale, acceptée et organisée strictement. Un continent qui doit perdre 50 millions d’habitants d’ici 2050 selon les prévisions démographiques, peut et doit se doter d’une politique ordonnée d’immigration. La contrepartie en est une lutte accrue contre l’immigration illégale.

Elle ne peut être pour l’instant le fait d’un corps européen, faute d’une autorité politique démocratique responsable de moyens coercitifs efficaces et surtout d’une politique clairement définie qui fasse l’unanimité dans l’Union. S’agira-t-il d’abord de sauver la vie des migrants clandestins ou sa mission sera-t-elle de contrôler plus rigoureusement l’accès à son territoire par la voie maritime ? Il n’y a pas de consensus européen certain sur les objectifs à fixer à un tel corps. L’accroissement des moyens de Frontex, qui va certainement être décidé sous la pression de l’émotion va lui permettre d’augmenter ses missions de sauvetage et, vraisemblablement à la marge d’aider les Etats membres à se doter d’équipements de contrôle de leurs espaces maritimes. C’est déjà un progrès et d’autres peuvent encore être produits dans le même sens.

Mais c’est par une coordination renforcée entre Etats membres, soutenue et supportée par l’Union, que des solutions nouvelles pourraient être avancées pour mieux lutter contre l’immigration clandestine en Méditerranée. Une action plus résolue pourrait être engagée avec les Etats côtiers riverains de la Méditerranée pour les inciter, voire les contraindre à prendre toute leur part dans la lutte contre l’immigration clandestine. Force est de reconnaître qu’ils font déjà de gros efforts en ce sens. Se pose alors la question des Etats défaillants comme la Libye.

L’Union et ses Etats membres pourraient ainsi faire appel à l’ONU pour que soit constatée l’ampleur inédite des drames humains survenus en mer, l’impossibilité d’Etats défaillants à coopérer efficacement pour les limiter et se voir conférer un mandat pour les aider à l’exercer ou le faire à leur place. Patrouiller dans les eaux libyennes sous mandat de l’ONU pourrait s’avérer plus efficace pour empêcher le départ d’embarcations qui mettent en danger la vie humaine. Organiser l’accueil et le retour des clandestins, pas forcément sur le territoire européen, est aussi une hypothèse qui devrait engager la communauté internationale. Mais cela ne saurait résoudre le fond de la question qui exige la stabilisation, forcément à long terme, des Etats riverains du Sud méditerranéen et au-delà, du Sahel et du Moyen-Orient. Une fois encore cela nécessitera des moyens bien supérieurs à ceux d’une simple mission de police, dont relève et relèvera toujours la lutte contre l’immigration irrégulière en Méditerranée.

Le défi à relever est considérable.

Comment l’Europe peut-elle se mobiliser, avec la communauté internationale pour éviter le drame qui pousse des familles entières à tout tenter pour assurer leur survie ?
Comment l’Union peut-elle être un relai politique et financier pour améliorer encore tout ce qui est déjà entrepris ?

Comment les Etats membres doivent-ils agir et coopérer pour empêcher ces transferts de population ?

Comment expliquer en interne que cette immigration ne saurait être éviter dans le court terme, qu’elle exige une action résolue dans la durée, et comment en assumer le poids politique dans une période de regain des populismes et de difficultés économiques, sans remettre en cause la libre circulation et les accords de Schengen qui, contrairement aux discours politiques, fonctionnent correctement?

Nous devons nous attendre à ce que la question migratoire gagne encore du terrain en politique. Puisse l’Europe y répondre avec intelligence en refusant les amalgames et les discours simplistes, en étant fidèle à ses valeurs, notamment en matière d’asile, mais en étant plus efficace.

Comments

comments

URL courte: http://diasporaenligne.net/?p=55949

Répondre

Galerie photo

Copyright : RESEAU DIASPORA EN LIGNE 2000-2016. TOUS DROITS RESERVES