Vous pensez que la plupart des demandeurs d’asiles sont Africains ? Et les Ukrainiens alors ? | Réseau International Diaspora En Ligne
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Vous pensez que la plupart des demandeurs d’asiles sont Africains ? Et les Ukrainiens alors ?

En trois ans, le nombre de demandeurs d’asile originaires d’Ukraine et de Géorgie est passé de près de 0 à 21 691 personnes, un phénomène exacerbé par des problèmes économiques et des entreprises louches qui attribuent des faux permis de travail.

La file d’attente commence tôt cet l’après-midi au 53 rue Salame, au sud de Tel Aviv. De l’autre côté de la rue, à côté d’un nouveau complexe résidentiel élégant, au coin d’un supermarché discount, des dizaines de personnes attendent derrière une barricade en métal.

À mesure que l’après-midi progresse, la file d’attente grossit. À minuit, il y aura sûrement des centaines de personnes. La plupart du temps, ils attendent patiemment, vérifiant les téléphones portables, se reposant le front sur les mains, adossés au mur. La police fait des patrouilles régulières toutes les 20 minutes pour s’assurer que tout est calme, mais de temps en temps, une bagarre éclate dans la file.

Des bribes d’ukrainien et de russe pimentent l’air avec un anglais haché, et parfois il y a un peu de bousculade. Et puis ils s’installent pour attendre toute la nuit que l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières ouvre ses portes à 8 heures le lendemain.

Voici le nouveau visage de l’immigration illégale en Israël.

Au cours des dernières années, des politiciens et des militants ont concentré leur attention sur les quelque 50 000 demandeurs d’asile en Israël. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait visité le quartier de Neve Shaanan à Tel Aviv en compagnie de Miri Regev, et avaient affirmé que les Israéliens du sud de Tel Aviv ont l’impression d’être des « réfugiés dans leurs propres maisons ».

Mais discrètement, près de 22 000 migrants ukrainiens et géorgiens sont entrés en Israël au cours des deux dernières années en tant que touristes et ont essayé de rester comme réfugiés. Ils disent que leur vie est en danger, que ce soit à cause des combats dans l’est de l’Ukraine ou à cause d’une situation politique difficile en Géorgie, et ils font la queue pendant des jours pour déposer une demande de statut de réfugié auprès du ministère de l’Intérieur.

Un nouveau rapport de l’organisation à but non lucratif Hotline for Refuges and Migrants affirme que ces « réfugiés » font partie d’un système plus vaste d’entreprises louches profitant du système d’asile israélien défaillant en facturant des milliers de dollars en Ukraine et en Géorgie pour des « opportunités de travail » en Israël.

Les entreprises font librement de la publicité sur Internet, en encourageant les personnes qui souhaitent déménager en Israël à acheter le forfait « touriste » pour une somme allant de 800 dollars à 1 200 dollars. Pour ce prix, les entreprises vont encourager des migrants pleins d’espoir à venir en Israël avec des visas touristes de trois mois, qui leur sont disponibles à leur arrivée à l’aéroport Ben Gurion.

Les entreprises aident leurs « clients » à décider de ce qu’il faut dire à l’aéroport pour tromper les autorités frontalières quant à la raison de leur séjour en Israël et s’assurent qu’ils ont effacé toutes les communications électroniques qui pourraient les trahir.

Les entreprises font également de fausses promesses quant à la facilité et la rapidité d’obtention du statut de réfugié, qui permettrait aux migrants d’obtenir rapidement des permis de travail, des emplois rémunérés à hauteur de 14 000 shekels (3 430 €) par mois et une gamme de services sociaux gratuits comme les soins de santé.

La file d’attente, en pleine nuit, devant les locaux de l’Autorité de l’Immigration,le 29 septembre 2017. (Crédit : Luke Tress/Times of Israël)

Tourisme des réfugiés

Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Avigdor Liberman, avait offert des visas touristes à l’arrivée pour les Ukrainiens en 2011, dans le but d’améliorer les relations bilatérales, invoquant le succès de l’annulation de l’obligation de visa pour les touristes russes. Le ministère de l’Intérieur a également permis aux touristes géorgiens d’obtenir des visas à leur arrivée en 2014.

« Immédiatement après cela, les gens ont commencé à venir comme demandeurs d’asile », a déclaré Dror Sadot, la porte-parole de Hotline for Refuges and Migrants, un organisme à but non lucratif qui fournit des services juridiques et de défense à ces groupes. « Il y a beaucoup de réseaux d’agents qui ont vu que le système d’asile en Israël ne fonctionne tout simplement pas, donc ils peuvent en profiter. »

Sadot explique qu’Israël est une destination attrayante pour les personnes à la recherche d’opportunités économiques, pour un certain nombre de raisons. Premièrement, les citoyens de nombreux pays aux économies en difficulté sont en mesure d’obtenir des visas touristes à l’aéroport, ce qui signifie que la barrière à l’entrée est faible.

Il faut des années pour traiter les demandes, période au cours de laquelle le demandeur d’asile est dans une sorte de vide juridique et peut essayer de trouver du travail. Et il existe déjà une communauté établie de personnes de ces pays en Israël, qui dirigent des entreprises frauduleuses prétendant « aider » leurs compatriotes avec des visas de travail.

Ces entreprises s’attaquent aux personnes vulnérables, qui sont légitimement en danger à cause de la guerre dans l’est de l’Ukraine ou qui ont désespérément besoin de travailler. Ces entreprises utilisent des publicités trompeuses et des sites de chasseurs de tête qui semblent professionnels, ainsi que des tentatives plus directes pour influencer les gens à travers des blogs personnels et des témoignages vidéo expliquant la facilité d’obtention du statut de réfugié et des permis de travail en Israël.

« Le meilleur moyen d’immigrer pour ceux qui souhaitent quitter l’Ukraine et obtenir un permis de séjour en Israël sera d’obtenir le statut de réfugié », déclare un site Web intitulé « Go Green ». La publicité continue en affirmant que le processus est « complètement légal » et, avec le statut de réfugié, leurs clients pourront bénéficier d’un logement et d’une autre aide financière du gouvernement en plus d’un permis de travail.

« Israël n’a accordé aucun statut de réfugié aux ressortissants ukrainiens et géorgiens »

Le site continue en notant qu’Israël est devenu « scrupuleux » dans la détermination de qui est un réfugié, et c’est « pourquoi il est important de demander l’aide d’avocats expérimentés. »

En réalité, Israël accorde très rarement l’asile à qui que ce soit. Au cours de la dernière décennie, seuls huit Érythréens et un Soudanais ont obtenu le statut de réfugié en Israël, malgré le fait qu’environ 56 % des Soudanais et 87 % des Érythréens qui demandent le statut de réfugié dans le monde le reçoivent généralement.

Israël n’a accordé aucun statut de réfugié aux ressortissants ukrainiens et géorgiens.

Mais ces entreprises frauduleuses tirent profit des années d’attente avant le rejet d’une demande pour encourager les Ukrainiens et les Géorgiens à venir travailler temporairement en Israël. Techniquement, les personnes en attente d’une décision sur une demande d’asile ne sont pas autorisées à travailler, mais Israël a pour politique de ne pas appliquer cette loi, afin de permettre aux 50 000 migrants africains du pays de subvenir à leurs besoins.

Le 15 octobre, l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières a annoncé que le ministère de l’Intérieur « rejetterait sommairement » les demandes d’asile des Ukrainiens, sauf dans les deux régions contrôlées par les séparatistes de Donetsk et Louhansk, dans l’est de l’Ukraine où la guerre fait le plus de morts.

Cela fait suite à l’annonce faite par le ministère de l’Intérieur en février de rationaliser le processus de demande d’asile en rejetant sommairement toutes les demandes d’asile émanant d’un pays qui ne menace pas ses citoyens, selon la définition établie par Israël. Cette politique a d’abord été appliquée aux demandeurs d’asile de Géorgie.

« La grande majorité des demandeurs d’asile [ukrainiens] sont ceux qui désirent » officialiser « leur séjour en Israël et recevoir un permis temporaire qui leur permet de travailler en Israël parce qu’Israël a une politique de non-application tant que les demandes d’asile sont examinées », ont déclaré les autorités dans un communiqué.

« Ce phénomène a créé une lourde charge sur l’ensemble du système et en particulier sur l’unité chargée de déterminer le statut de réfugié, en étendant le traitement des demandes d’asile et en empêchant l’unité de traiter les demandes d’asile authentiques. »

Sadot a indiqué que l’organisation n’a pas observé de baisse significative du nombre de demandeurs d’asile parce que les statistiques sont si difficiles à obtenir, bien que le ministère de l’Intérieur affirme que les demandes de candidature géorgiennes ont diminué. Sadot a souligné que bien qu’Israël considère que des pays comme la Géorgie et l’Ukraine soient « sûrs », il est toujours possible que quelqu’un ait désespérément besoin du statut de réfugié, au regard d’une situation unique.

Le ministère de l’Intérieur est tenu d’examiner chaque demande de ressortissant de pays « sûrs », mais avec le processus simplifié, ils ne sont pas tenus de présenter chaque demande devant un comité. Cela peut réduire le temps d’attente de plusieurs années à plusieurs semaines, a déclaré Sadot.

Mais les files au 53 rue Salame, sont plus longues que jamais.

Une file qui ne mène nulle part

Les centaines de personnes qui font la queue presque chaque semaine ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

Selon l’Administration de la population et de l’immigration, au cours des trois dernières années, les Ukrainiens et les Géorgiens ont présenté 21 691 demandes d’asile, ce qui représente la grande majorité des demandes d’asile ces dernières années.

En 2015, 703 Ukrainiens ont présenté des demandes d’asile, mais ce nombre est passé à 6 880 en 2016. Au cours du premier semestre de 2017, les Ukrainiens ont déjà soumis près de 6 000 demandes d’asile.

En 2013, il n’y avait qu’une seule demande d’asile d’un citoyen géorgien. Ce nombre est passé à 27 en 2014, à 736 en 2015 et à 3 668 en 2016, selon Globes. Les migrants géorgiens cherchent massivement de meilleures opportunités économiques, bien qu’ils prétendent qu’ils sont persécutés en tant que membres de l’opposition politique.

Le ministère de l’Intérieur tente de réprimer la situation à l’aéroport, selon le rapport de Hotline. En 2016, l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières a refusé l’entrée à 5 700 citoyens ukrainiens et 3 500 citoyens géorgiens qui sont arrivés en Israël mais ont suscité des soupçons quant à leur objectif. Ils n’ont pas été autorisés à quitter l’aéroport et ont dû retourner dans leur pays d’origine immédiatement.

Qu’est-ce qui fait un réfugié ?

La situation est compliquée car il est difficile de passer au crible les personnes en danger dans la guerre dans l’est de l’Ukraine et celles qui racontent des histoires, avec l’aide de sociétés de chasseurs de têtes, pour obtenir le statut de réfugié.

Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, la guerre dans l’est de l’Ukraine, qui a commencé en 2014 mais a disparu des grands titres internationaux, a déplacé plus de 1,6 million d’Ukrainiens à l’intérieur du pays. Près d’un million d’Ukrainiens vivent le long de la « ligne de contact » qui borde la zone avec de violents combats dans l’est de l’Ukraine. Ceux dans la ligne de contact traitent des combats constants, de la mobilité sévèrement limitée, et du manque de services gouvernementaux, notamment la santé, l’éducation, et les affaires sociales. Le Haut Commissariat des Nations unies estime que les tirs d’artillerie détruisent entre 40 et 60 maisons par semaine dans la région.

Israël, comme la plupart des autres pays, refuse le statut de réfugié aux Ukrainiens. La communauté internationale a également tardé à accorder le statut de réfugié aux Ukrainiens, invoquant le même argument que l’Autorité des populations : l’Ukraine est un grand pays. Les personnes touchées par le conflit devraient donc se rendre dans une autre partie de l’Ukraine plutôt que de fuir vers un autre pays.

Selon le Haut Commissariat des Nations unies, la grande majorité des Ukrainiens, soit environ 1,4 million des 1,6 million de personnes déplacées par les combats, restent en Ukraine. Environ 400 000 ont déménagé en Russie. L’Italie et l’Allemagne ont officiellement accepté le plus de migrants ukrainiens en Europe, avec environ 10 000 chacun. Ces chiffres ne tiennent pas compte des milliers d’Ukrainiens qui essaient toujours d’obtenir le statut de réfugié.

Les experts craignent que les migrants à la recherche d’opportunités économiques ne profitent de la situation politique, ce qui complique l’obtention du statut de réfugié pour les personnes qui en ont réellement besoin.

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Dans certains cas, la fraude se termine par le paiement à la société de chasseurs de têtes, qui ne peut pas obtenir rapidement un statut de réfugié car leurs «clients» s’éternisent à Salomé 53. 

Dans les cas extrêmes, Hotline a montré des situations où les personnes qui utilisaient ces « entreprises » pour les aider à obtenir un permis de travail étaient maintenues dans des conditions d’esclavage, obligées de travailler 12 à 15 heures par jour dans une usine. Les travailleurs n’avaient pas le droit de quitter l’usine et ne sont payés que 2 000 shekels (540 €) pour un mois de travail.

Dans ces cas, les autorités ont fait une inspection surprise de l’usine et ont trouvé des travailleurs avec des documents falsifiés et les ont expulsés immédiatement.

Pourtant, les histoires terribles n’ont pas arrêté la marée d’espoirs.

« J’ai entendu dire qu’Israël a signé un traité international en faveur des migrants qui ont souffert de la guerre civile », a déclaré Anatoly, originaire de Vinitsa en Ukraine centrale, alors qu’il faisait la queue au 53 rue Salame avec sa femme. « Vous trouvez ça sur internet, beaucoup de gens écrivent que vous pouvez obtenir le statut de réfugié », a-t-il dit. Anatoly, qui a refusé de donner son nom, a précisé qu’il avait loué un appartement à Bat Yam avec d’autres Ukrainiens essayant également d’obtenir le statut de réfugié et qu’il faisait la queue tous les soirs avec sa femme depuis deux semaines, sauf les nuits où le bureau est fermé le lendemain.

Dans certains cas, les personnes qui tentent de revendiquer le statut de réfugié passent leurs trois mois d’attribution de visa touriste simplement en file d’attente au 53 rue Salame. « Ces cinquante mètres sont comme mon Golgotha ​​[la colline où Jésus a été crucifié] », a déclaré Anatoly, avec l’aide d’un interprète.

Anatoly, 30 ans, a déclaré avoir fui l’Ukraine parce qu’il était sur le point d’être enrôlé dans l’armée contre son gré et que sa famille était menacée. Bien que l’armée ukrainienne a institué certains aspects du service militaire obligatoire et des peines accrues contre les transfuges à partir de 2014, l’âge maximum pour l’enrôlement est de 27 ans.

D’autres ont déclaré que la situation politique en Ukraine et la guerre avec la Russie ont rendu la vie impossible. Vita, 37 ans, était avocate en droit des affaires spécialisée en corruption à Kharkiv, dans l’est de l’Ukraine, dans une zone située juste à l’extérieur de la zone de conflit.

Elle a déclaré que trois avocats avaient été tués à Kharkiv et que certains groupes commençaient à la prendre pour cible, en publiant des publicités dans les journaux calomniant son nom et en versant de l’acide sur sa voiture. « J’ai déposé plainte auprès des autorités, mais rien ne s’est passé », a-t-elle déclaré. « Malheureusement, je n’avais pas d’autre choix que de partir, c’était une question de sécurité personnelle. »

« Il n’y a pas de loi dans le pays et une terrible corruption, les gens peuvent vous tuer ou brûler votre maison mais la police ne fait rien », a déclaré Roma, 38 ans, un homme originaire de l’est de l’Ukraine.

Roma a dit qu’il est venu en Israël parce qu’il ne pouvait pas aller dans une autre partie de l’Ukraine. « J’étais persécuté par les nationalistes d’extrême droite », a expliqué Roma, 38 ans, originaire de l’est de l’Ukraine, évoquant des groupes néo-nazis qui ont utilisé la violence contre les rassemblements gays et lesbiens, les médias et les marches de la paix. « Mais les nationalistes d’extrême droite sont également implantés dans l’ouest de l’Ukraine, donc c’est dangereux pour moi d’y aller. »

Vita a dit qu’elle a choisi de venir en Israël parce qu’elle avait déjà visité le pays en tant que touriste. « C’est une terre de loi et j’aime leur attitude envers les êtres humains », a-t-elle dit. « C’est un pays qui aide les gens à rester temporairement en sécurité pour les personnes qui se trouvent dans des situations problématiques. »

Vita avait fait la queue pendant cinq nuits et a qualifié l’expérience d’ « humiliante ». « Dans cette situation, nous n’avons pas le choix, mais c’est fatigant physiquement et moralement », a-t-elle dit.

Vita et Roma ont tous deux dit qu’ils ont vu des dizaines de publicités pour les entreprises promettant le statut de réfugié aux Ukrainiens en Israël, mais ils ont insisté sur le fait qu’ils sont venus en Israël par leurs propres moyens.

« J’ai étudié le droit du pays, et maintenant je me suis rendu compte qu’il était vraiment problématique d’obtenir le statut de réfugié, mais j’espère pouvoir au moins passer du temps ici jusqu’à ce que les choses se calment chez moi », a déclaré Vita.

« Je veux que la guerre se termine dans l’est, et pendant que je suis ici, je veux être utile », a déclaré Vita, avant d’ajouter qu’elle espérait travailler comme assistante juridique ou traductrice juridique en Israël une fois qu’elle aurait obtenu des documents et appris l’hébreu.

« Chaque personne devrait chercher par elle-même un meilleur endroit, mais nous réalisons aussi qu’Israël n’est pas un endroit sans limite », a-t-elle déclaré.

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